Kinshasa Time Kinshasa - RD Congo : samedi, 21 octobre 2017 -
001
Ecoles

Ecoles (1)

Quand elle prit son essor, au début des années 70, l'éducation relative à l'environnement (ERE) trouvait sa pertinence dans le fait que la population était alors trop peu consciente de la nature et de la gravité des problèmes environnementaux. L'ERE a d'abord été une entreprise d'éveil de prise de conscience. Et cette dernière semble avoir porté fruit. A tel point que Roger CANS, journaliste au Monde, s'est senti justifié d'intitulé son ouvrage : Tous verts! L'illustration en page couverture ne manque d'ailleurs pas d'humour: une armée de pingouins, tous lancés dans une même direction, s'apprêtent à plonger dans l'eau verte de la cause environnementale!

Il semble bien maintenant que dans les sociétés industrialisées, l'époque de la sensibilisation initiale à l'existence et à l'importance des principaux problèmes environnementaux est en voie de se terminer. Les liens très étroits entre l'environnement biophysique et les réalités socioculturelles ont été mis en lumière. Mais l'éducation relative à l'environnement n'a pas achevé pour autant sa mission. La sensibilisation n'est que l'un des cinq grands objectifs de l'ERE identifiés par l'UNESCO (1978): au-delà de la sensibilisation, ces objectifs concernent le développement d'attitudes et de valeurs (dont le clarification implique la manifestation dans l'agir), le développement de compétences (permettant l'exercice d'une responsabilité à l'égard de l'environnement) et enfin, l'adoption d'un agir personnel quotidien, de même que l'engagement dans des actions communautaires en faveur de l'environnement.

Non seulement l'éducation relative à l'environnement doit-elle poursuivre l'ensemble de ces objectifs, mais elle fait maintenant face à de nouveaux défis. Le plus paradoxal d'entre eux concerne précisément la popularité des questions environnementales. L'environnement est devenu un thème à la mode. On en parle de plus en plus. Or cette invasion médiatique, pourtant nécessaire et fort bien intentionnée, ne risque -t- elle pas d'entrainer une lassitude au sein de la population? "Encore l'environnement!". Après deux décennies d'une certaine alphabétisation environnementale, axée surtout sur la transmission d'informations au sujet de problèmes et de menaces, certains signes de "décrochage" environnemental commencent à se manifester. A force de se sentir aliéné, à la fois impuissant et coupable, une partie du public risque de se désintéresser de l'environnement comme on s'est désintéressé de la famine au Sahel par exemple: le problème est trop vaste, trop lointain, il nous échappe. A quoi sert une goutte d'eau...? Et puis, nos enjeux économiques ne sont-ils pas prioritaires?

De même, en milieu scolaire, où le mouvement de l'ERE gagne pourtant du terrain, il faut constater que certaines écoles ont commencé à "décrocher". Confondant parfois l'éducation relative à l'environnement et agitation environnementale, on a conçu de gros projets, bien éclatants. On a tenu des expositions dans les gymnases; les enfants ont fait des dessins sur la pollution (souvent stéréotypés);on a invité les groupes environnementaux locaux, on a déplacé des gens, l'invité d'honneur a prononcé un discours, la presse en a fait échos. En somme, un brouhaha d'activités fébriles qui ont drainé bien des énergies et toutes les ressources disponibles. et puis, après avoir sifflé bien fort, la locomotive s'essouffle... En bout de ligne, que reste -t- il? Bien sûr, une certaine sensibilisation. Mais la plupart du temps, on ne fait pas de suivi. On a envie d'autre chose. L'environnement n'était qu'un thème. L'ERE reste trop souvent un phénomène épidermique, qui ne rejoint pas l'intimité des gens, des écoles, des classes. Or, on sait que l'éducation relative à l'environnement doit être véritablement intégrée et non pas légèrement saupoudrée ou lourdement superposée.

La "mode" environnementale lance également un autre un défi à l'ERE; celui d'aider les gens à poser un regard critique sur le phénomène de la récupération de thème de l'environnement, en particulier dans les domaines de la politique et du commerce. Roger CANS parle d'une situation de surenchère écologique ou les entreprises sont "condamnées à verdir". Mais ce verdissement exposé en vitrine ne se retrouve pas toujours jusqu'au fond de la boutique ou de l'atelier. On sait que la politique et le commerce sont parmi les champs d'activités ou le désir de séduction éclipse souvent le souci de vérité.
La préoccupation environnementale est ainsi parfois associée à des initiatives peu crédibles et sert au "racolage" vert pour vendre des idées partisanes, des produits. C'est faire croire, par exemple, que certaines nouvelles voitures sont de réels atouts pour l'environnement. En plus de suggérer trop souvent de fausses solutions, les discours politiques et les messages publicitaires au maquillage écologique ne risquent-ils pas également de contribuer à banaliser les questions environnementales? Enfin, le concept de "développement durable", encore davantage récupéré que véritablement intégré, ne pourrait-il pas dans certains cas servir d'argument insidieux pour légitimer des décisions par ailleurs injustifiables? Le danger du "réalisme écologique" fait maintenant contrepoids à celui du romantisme de certains écologistes radicaux.

L'éducation relative à l'environnement doit tenir compte de ces réalités. Elle doit devenir le moteur premier d'un virage vert authentique, adéquat, profond et durable, qui aille bien au-delà des modes, et qui ne s'enlise pas dans la banalisation ou l'analyse simpliste des questions environnementales. L'ERE doit atteindre les gens au-delà de leur épiderme cognitif, affectif et moral; elle doit attendre d'eux davantage qu'une prise de conscience, qu'un simple engagement verbal. Et cela, de plus en plus d'enseignants, d'animateurs et de responsables au sein d'organismes gouvernementaux (OG) et non gouvernementaux (ONG) l'ont déjà bien compris. Faisant preuve d'initiative, de courage et de créativité, ils ont réalisé des projets pertinents, exemplaires.

Avec eux, nous devons nous attarder à une réflexion pédagogique profond, de façon à situer l'ERE là où il convient avant tout de la retrouver, c'est-à-dire au cœur de situations pédagogiques soigneusement planifiées, dans l'intimité des groupes communautaires, des classes, des écoles, sans artifice, dans une approche réflexive de l'action éducative. Quels sont les fondements pédagogiques, quelles sont les approches et les stratégies, quels sont les modèles d'enseignement et d'apprentissage qui peuvent être associés à l'intégration durable de l'ensemble des objectifs de l'ERE à l'école comme dans les autres milieux d'intervention?

Lucie SAUVE
Pour une éducation relative à l'environnement (2e édition)

Réseaux Sociaux :

Copyright © 2017 - Congo Green Citizen. Tous droits réservés
Developped by IT Group