Kinshasa Time Kinshasa - RD Congo : lundi, 26 juin 2017 -
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Climat

Climat (10)

La banque indienne d'import et d'export (Exim India) a octroyé au gouvernement tanzanien un prêt de 92,18 millions de dollars pour réhabiliter et améliorer le système d'approvisionnement en eau à Zanzibar.

Crédit photo: Un.org

Cette aide financière servira à prendre en charge l'aménagement, la réhabilitation et l'amélioration du système d'approvisionnement en eau à Zanzibar, la ville la plus importante de l'archipel. La ville est confrontée depuis quelques années à des problèmes d'eau. Fréquemment victime de la montée de la mer, la population arrive difficilement à avoir accès à une eau potable. «L'eau est très salée, alors elle ne peut pas être utilisée pour quoi que ce soit. Vous utilisez beaucoup d'eau et de savon si vous l'employez pour laver le linge ou la vaisselle. L'autre difficulté est que vous ne pouvez pas l'utiliser pour cuisiner ou boire. C'est pourquoi nous devons marcher sur de longues distances pour chercher de l'eau dans des puits d'eau douce», a déclaré une jeune fille.

Le ministère de l'Environnement de Zanzibar a expliqué que la montée du niveau de la mer a entraîné le mélange de l'eau de mer avec les sources d'eau douce et la contamination des puits dans la ville. Zanzibar n'a pas de fleuves et la principale source d'eau qui demeure souterraine, dépend des précipitations actuellement irrégulières. Afin de venir à bout du problème, en octobre 2012, le Programme d'adaptation en Afrique (PAA) du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a construit un pipeline de huit kilomètres depuis le village de Kilimani, à l'intérieur, jusqu'au village de Nungwi. Un grand réservoir d'eau près du village de Kilimani maintient la fourniture d'eau. Cette solution a permis de fournir près 15.000 villageois. Un système qui doit aujourd'hui, être mis à jour, d'où le financement de Exim India.

Eximbank of India, de plus en plus africaine

L'engagement d'Exim India aux côtés des pays africains devient de plus en plus remarquable. Une politique conforme à la déclaration du gouvernement indien lors du 3ème sommet Inde-Afrique. Economie la plus dynamique du monde en 2016, l'Inde avait annoncé fin 2015, qu'elle allait accorder aux pays africains des prêts concessionnels d'un montant global de 10 milliards de dollars, ainsi qu'une aide de 600 millions de dollars entre 2016 et 2020. Depuis, plusieurs pays ont bénéficié du soutien de la banque. Janvier 2017, elle a avait débloqué 87 millions de dollars pour l'acquisition de 500 autobus en Côte d'Ivoire. Un peu plus tôt en août 2016, quelques semaines après son implantation, la banque a accordé un prêt de 118 milliards de FCFA au gouvernement ivoirien, avec un taux d'intérêt de 1,75%, deux ans de différé et 12 ans de délai de paiement, pour l'achat de 3.600 véhicules de transport routier, dont le but était de contribuer à la politique de renouvellement du parc des transporteurs routiers de la Côte d'Ivoire.

CGC/Tribune d’Afrique

C’est bien un triste constat que les pays de l’Afrique centrale ont conclu, lors de l’atelier de la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC), organisé du 13 au 16 mars 2017 à Kigali, au Rwanda. Ils s’estiment être les moins servis en termes de financement climatique.

Credit photo : Bfmtv.com

Près de 40 délégués des pays membres de la COMIFAC se sont réunis à Kigali en vue d’examiner la mise en œuvre de l’Accord de Paris et d’accroître les capacités des acteurs dans la mobilisation des financements internationaux destinés à la lutte contre les changements climatiques. Disposant du deuxième massif forestier du monde, l’Afrique centrale est malheureusement la région la moins bénéficiaire des financements climatiques, à en croire les pays de la COMIFAC.

Loin de rester sous la posture des victimes, les membres de cette commission ont surtout défini les différentes contraintes pouvant expliquer cette situation : la complexité des procédures des certains mécanismes financiers, le manque de moyens humains et techniques. Pour remédier à cette situation, les pays membres de la COMIFAC ont reconnu l’importance du renforcement des capacités en matière de la mobilisation des ressources financières allouées à la lutte contre les changements climatique.

Les experts de la COMIFAC souhaitent donc comprendre les différents mécanismes de financement de lutte contre les changements climatiques, mais aussi élaborer des notes conceptuelles des projets régionaux d’atténuation et d’adaptation. Par ailleurs, les pays d’Afrique centrale s’activent à mettre en place dans les prochains jours des idées de projets prioritaires et susceptibles d’être financés.

Christian MUTOMBO

 

L'Organisation météorologique mondiale, l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique -NOAA- et l'Administration américaine de l'aéronautique et de l'espace –NASA- ont confirmé que l’année 2016 a été la plus chaude jamais enregistrée.

Source : Agence Américaine Océanique et Atmosphérique

L'année 2016 a été la plus chaude depuis que les scientifiques ont commencé à mesurer les températures. L’année 2016 a été la deuxième année consécutive de tous les records. Avant elle, 2015 avait déjà été l'année la plus chaude jamais enregistrée. 2016 fait pire, avec une hausse d'environ 1,1°C par rapport à la fin du XIXe siècle. L’année qui vient de s’achever a été extrême, tant en termes de températures moyennes que de répercussions : la calotte glaciaire de l'Antarctique se réduit comme peau de chagrin ; l'océan Arctique connaît un réchauffement sans précédent ; la banquise arctique a enregistré une fonte record. Les scientifiques alertent maintenant sur le risque d'un dégel du permafrost, ces terres gelées du Grand Nord qui renferment de grandes quantités de carbone et de méthane. Si ces gaz à effet de serre sont libérés par le dégel, ils risquent d'augmenter fortement les températures terrestres. Mais en 2016, un autre phénomène indépendant des gaz à effet de serre a contribué à la hausse des températures. Pendant les premiers mois de l'année, le courant marin équatorial El Niño a réchauffé une partie de l'océan Pacifique. Mais même après la fin du phénomène El Niño, les températures sont restées particulièrement chaudes par rapport à la normale. Cette tendance s'inscrit dans le long terme : presque toutes les années de ce XXIe siècle ont battu des records de chaleur.

Christian MUTOMBO

La sécheresse et les inondations font un million de déplacés en Afrique

Un rapport du Centre de surveillance des déplacements internes estime à 14 millions le nombre de personnes obligées de fuir leur foyer entre 2009 et 2015 à cause de dérèglements climatiques, dont 1,1 million rien que l'année dernière. La sécheresse et les inondations sont les deux principales causes et s'ajoutent à la guerre et aux expropriations.

Des déplacés dans les zones désertiques de l'Afrique de l'Ouest - Photo Beninfo.info

Les catastrophes naturelles dues au changement climatique ont poussé 1,1 million d’Africains à quitter leur foyer en 2015. Un record, selon un rapport du Centre de surveillance des déplacements internes -IDMC, International Displacement Monitoring Centre- publié, il y a quelques jours. Si trente-trois pays sont concernés un peu partout sur le continent, quelques-uns sont plus particulièrement touchés, comme l’Éthiopie, le Zimbabwe, le Malawi et le Nigeria. On estime ainsi à 14 millions le nombre de déplacés climatiques entre 2009 et 2015. En prenant en compte ceux qui fuient la guerre, l’IDMC arrive à un total de 12,4 millions de personnes déplacées internes en Afrique en 2015, soit 9 500 personnes obligées chaque jour de quitter leur foyer. Celles-ci viennent s’ajouter aux 5,4 millions de réfugiés africains, une catégorie distincte de celle des déplacés internes. Les inondations représentent la principale cause de déplacement climatique, et la plus lourde de conséquences, car elles détruisent les habitations, les récoltes et les infrastructures et perturbent les systèmes d’éducation et de santé. Viennent en seconde position les projets de développement urbains, qui ont pour conséquence d’exproprier les petits propriétaires, comme c’est notamment le cas en Éthiopie, où la politique du gouvernement à ce sujet est à l’origine d’un conflit larvé dans deux grandes régions du pays. Adoptée en 2009 et ratifiée par 40 pays africains, la convention de Kampala oblige pourtant ses signataires à porter assistance aux personnes déplacées internes. Mais comme le déplore l’IDMC, le manque de données empêche beaucoup d’États africains d’analyser le phénomène et de prendre des mesures en conséquence. «L’observation des déplacements internes a progressé au cours des dernières années mais il y a encore trop de disparités dans nos informations», a expliqué ainsi au site Quartz Maya Sahli Fadel, rapporteur spéciale de l’Union africaine sur les réfugiés, les demandeurs d’asile et les personnes déplacées. Puis de conclure: «Pour deux des principaux facteurs, la sécheresse et les projets de développement urbains, nous manquons même de l’information la plus basique».

Christian MUTUMBO

jeudi, 06 octobre 2016 16:41

RATIFICATION DE L’ACCORD DE PARIS

Écrit par

Vers une ratification rapide, l’amendement de DOHA dans les oubliettes ?

Près de 61 pays dans le monde dont la Chine et les Etats-Unis, deux grands émetteurs de dioxyde de Carbone -CO²- ont, à ce jour, ratifié l’Accord de Paris. La RD-Congo attend le faire dans les prochains jours. A l’approche de la COP 22 en novembre 2016 à Marrakech, l’Accord de Paris connait une ratification rapide.

Crédit Photo Cop21.gouv.fr

Lors de la réunion ministérielle pré-Marrakech du Groupe de Pays les moins avancés -PMA- tenue à Kinshasa, les experts des PMA ont invité les gouvernements de leur pays à ratifier l’Accord de Paris avant la COP 22 en novembre 2016 à Marrakech. A ce jour, 15 pays du Groupe PMA ont déjà apporté leurs «instruments de ratification». La RD-Congo, selon les sources, le fera dans les prochains jours. Près de 61 pays dans le monde dont la Chine et les Etats-Unis, deux grands émetteurs du dioxyde de Carbone –CO²- ont, à ce jour, ratifié l’Accord de Paris. Les deux grandes puissances représentent près de 45% des émissions globales mondiales.

Engouement mondial

«A cette allure, l’Accord pourrait entrer en vigueur plus tôt que prévu», a déclaré Sandra Freitas, expert du Climate analytics. Le Parlement européen a donné son feu vert à la ratification de l’accord de Paris sur le changement climatique de 2015. Les députés appellent les États membres à ratifier l’accord et invitent l’UE à mettre à jour ses engagements en matière de réduction d’émissions, à la lumière des objectifs de Paris. «Il serait impensable que l’Accord de Paris puisse entrer en vigueur sans que l’UE en soit partie, vu son rôle dans le combat contre le changement climatique, au sein du protocole de Kyoto, et vu ses efforts pour qu’un accord universel voie le jour», a déclaré le rapporteur et Président de la commission de l’Environnement, Giovanni La Via.

L’accord de Paris entrera en vigueur trente jours après qu’au moins 55 parties à la Convention responsables d’au moins 55% des émissions de gaz à effet de serre aient déposé leurs instruments de ratification.

Qu’en est-il du Protocole de Kyoto

L’Accord de Paris entrera en action en 2020. Dans l’entre-temps, la plupart des questions sont régies sous le protocole de Kyoto –CMP- qui semble être rangé au placard. Alors que la ratification pour l’Accord de Paris connait un engouement mondial, le deuxième amendement, celui de Doha, semble être oublié. Certains Etats des pays développés ne l’ont pas encore ratifié. Ils ne s’en pressent pas non plus. «Le protocole de Kyoto ne concerne pas les pays en développement. Les pays développés doivent rehausser leur engagement entre 25-40% des émissions depuis 1990. A ce jour, ils ne sont qu’à 17%», ajoute Ndiayi Mbay, expert africain.

Les scientifiques africains invitent les pays développés à une double ratification. Si l’Accord de Paris revêt une dimension contraignante, le Protocole de Kyoto, par contre, n’en a pas. Conséquence, les Etats rechignent souvent de s’acquitter de leurs engagements.

Andy DIVINDA

Juillet a été le mois le plus chaud de l’histoire moderne, établissant un record depuis le début des relevés de températures il y a 137 ans, selon les scientifiques du gouvernement américain mercredi.

Crédit photo - AFP

« La température moyenne globale à la surface des terres et des océans pour juillet 2016 a été la plus chaude, tant pour le mois de juillet que pour n’importe quel mois dans les annales des relevés de températures de la NOAA, qui remontent à 1880 », a indiqué l’Agence océanique et atmosphérique américaine.

Le précédent record avait été établi en juillet de l’année dernière, ce mois étant traditionnellement le plus chaud de l’année sur Terre.

C’est également la 15e fois consécutive qu’un record mensuel de température est battu, « la plus longue série de ce type en 137 ans », a ajouté la NOAA.

En juillet la température moyenne globale au-dessus des terres et à la surface des océans a été de 16,67 degrés Celsius, soit 0,87°C au-dessus de la moyenne du XXe siècle. Le record de juillet 2015 a été battu de 0,06°C.

Autre signe du réchauffement climatique, juillet a été le 379e mois consécutif avec des températures au-dessus de la moyenne du XXe siècle. Il faut remonter à décembre 1984 pour trouver trace d’une marque un peu inférieure à cette moyenne.

Les températures ont été très hautes alors même que le phénomène du courant chaud du Pacifique El Nino est terminé, ont noté les scientifiques.

Des températures supérieures à la moyenne, voire très supérieures, ont été relevées sur les six continents. Chacun d’entre eux pris individuellement a enregistré des températures parmi les plus hautes pour un mois de juillet.

En Asie par exemple, le mois dernier a été le deuxième juillet le plus chaud de l’histoire, derrière 2010.

La NOAA souligne aussi des épisodes plus chauds que d’habitude en Indonésie, en Asie du sud-est ou en Nouvelle-Zélande. Le Golfe persique a aussi connu des épisodes de chaleur particulièrement pénibles.

« La température la plus haute enregistrée en juillet l’a été à Mitribah, au Koweït, avec une pointe à 52,5°C le 22 juillet », a encore mis en avant la NOAA.

Autre exemple, Bahreïn a enregistré une température moyenne de 36°C sur tout le mois de juillet, soit 2,1°C de plus que la moyenne, égalant le record de 2012 pour son mois de juillet le plus chaud depuis le début des relevés de températures.

Par comparaison, en Espagne la température moyenne a été de 25,5°C, mais le record reste pour ce pays celui de l’an dernier (26,5°C en juillet 2015).

D’autres régions ont connu des températures plus conformes à la moyenne, voire un peu moins chaudes, comme les Etats-Unis, l’est du Canada, le sud de l’Amérique du Sud, le sud-ouest de l’Australie, le nord de la Russie, le Kazakhstan ou l’Inde.

Pour juillet, l’étendue des glaces de l’Arctique a été 16,9% en-dessous de la moyenne établie entre 1981 et 2010, ce qui en fait la troisième plus petite étendue de glace pour un mois de juillet depuis le début des relevés en la matière, qui remontent à 1979.

De manière globale, 2016 va très probablement devenir l’année la plus chaude de l’histoire moderne. Selon la NOAA les sept premiers mois ont été les plus chauds pour cette période, 1,03°C au-dessus de la moyenne du XXe siècle.

Cette année est donc en passe de battre de 0,19°C le record tout juste établi l’année passée.

AFP/GoodPlanet

lundi, 30 novembre 2015 08:48

EN MARGE DE LA COP 21

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Tosi Mpanu Mpanu : «Les Africains espèrent un accès direct au financement»

Souvent mal servis par les financements climatiques, la COP 21 de Paris est une occasion où les Etats africains vont batailler pour obtenir à cet accès direct au financement climatique mondial. «Ça permet de réduire la chaîne intervenants entre les récipiendaires et la source de financement», a déclaré Tosi Mpanu Mpanu, expert négociateur RD-congolais à la Conférence des parties.

Tosi MPANU MPANU, Négociateur Climat RDC - Photo Econews.com

Hela Cheikhrouhou, directrice du Fonds vert pour Climat, structure chargée de canaliser les financements des pays développés vers les projets d’adaptation et atténuation dans les pays en développement est claire : «L’Afrique n’a pas été bien servie jusqu’ici par les finances climatiques». Ce sujet sur les financements climatiques est l’un des goulots d’étranglement de l’accord de Paris. Pour Tosi Mpanu Mpanu, les Etats africain espèrent ainsi un accès direct aux financements afin de réduire la chaine intervenant entre les récipiendaires de projets et la source de financement.  Les négociateurs africains poussent pour qu’il y ait un accès direct au financement. «L’accès au financement dans les pays moins développés est déjà un goulot d’étranglement, en ce sens que les projets sont ficelés. Il y a difficulté d’avoir accès au financement. Et dès lors que les financements sont disponibles, il y a difficulté de transmettre ces financements. Une fois sur le terrain, il y a également difficulté pour la mise en œuvre des projets, parce que certains partenaires, commis à la réalisation du projet, prennent de grosses commissions», a déploré ce membre du conseil d’administration du Fonds vert pour le climat. Cette structure propose aux Etats d’identifier des institutions nationales capables de monter des projets, de les implémenter et de les évaluer suivant des normes judiciaires mondiales.

La RD-Congo plus ambitieuse que Brésil et Indonésie

D’après une étude menée par l’Union of Concerned Scientists -UCS-, la Contribution prévue déterminée au niveau nationale -CPDN de la RD-Congo serait plus robuste que celle du Brésil et de l’Indonésie, deux grands pays forestiers, plus précisément dans les secteurs de la foresterie, l’agriculture et le foncier. Epinglant cet éloge fait au pays de Joseph Kabila, Tosi Mpanu Mpanu a expliqué que si la CPDN RD-congolaise est plus ambitieuse, c’est simplement parce que le pays a d’énormes défis et de difficultés en termes de capacités et de possibilités. Il ajoute aussi que réduire une tonne de CO2 en RD-Congo exige plus d’efforts qu’au Brésil ou en Indonésie pour la même quantité. «C’est bien de recevoir des éloges parce qu’on a fait un bon travail de planification, mais essayons de faire un aussi bon travail en termes de mise en œuvre», s’est-il félicité. Puis de préciser: «la RD-Congo a identifié et planifié les actions à mettre en œuvre entre 2020 et 2030. A ce jour, nous savons ce que nous sommes prêts à faire et nous avons chiffrés cela à environ USD 21 milliards. Les actions prévues ne doivent pas être entreprises à partir de 2020, mais plutôt de 2016». Puis de rassurer enfin: «si les fonds nécessaires pour mettre en application cette CPDN peuvent être mis à disposition, la RD-Congo pourra effectivement s’engager dans sa réalisation».

Une place prépondérante pour la REDD+

Par ailleurs, Tosi est d’avis que la REDD+ a une place plus prépondérante dans les négociations comme mécanisme phare dans la baisse des taux d’émission de gaz à effet de serre. «Le 5ème rapport du GIEC semble dire que la déforestation représente 10% des émissions globales et le rapport d’avant parlait plutôt de 17 à 20%. Quel que soit ce pourcentage, j’estime que 10 ou 20% du problème devrait représenter 10 ou 20% de la solution et 10 ou 20% des ressources financières mises à disposition pour régler le problème du climat. Donc, j’estime qu’effectivement, la REDD+ a sa place», a-t-il expliqué. Et de signifier: «la REDD+ est très complexe, car il faut gérer les facteurs de la déforestation qui sont souvent en dehors de la forêt. Ce sont une agriculture itinérante sur brûlis, le besoin en bois énergie, la faiblesse dans la gouvernance forestière, la frontière poreuse à l’est de la RD-Congo. C’est aussi la démographie, le plan d’aménagement du territoire». A l’en croire, mettre en œuvre la REDD+ et gérer tous les moteurs de cette déforestation est un véritable défi qu’a pu relever la RD-Congo pour qui la priorité est la réduction de la pauvreté. Alors que d’aucuns cogitent sur un accord contraignant, lors de la 21ème Conférence des parties à Paris en décembre 2015, Tosi Mpanu Mpanu, négociateur sénior pour la RD-Congo à la Convention-Cadre des Nations Unies pour le Changement Climatique -CCNUCC-, lui, estime qu’exercer la contrainte dans cet accord n’est pas une chose aisée, les pays demeurant ouverains. «Si nous mettons un degré de contrainte trop élevé, il y a risque que les USA ne viennent pas. Ce pays représente 17% des émissions globales des GES. Et si les USA ne viennent pas, la Chine non plus ne viendra pas alors qu’elle représente 25% des émissions. Par conséquent, nous aurions 42% des émissions globales en dehors de l’accord. Donc cet accord ne vaudra plus la peine», prévient l’expert négociateur. Cependant, il pense que la contrainte prend sa véritable mesure dès lors qu’il y a ratification au niveau national, puisque cet accord devient une loi nationale et un état doit respecter ses propres lois.

Laurent OMBA

Merveille MUWAWA

 

 

Hela Cheikhrouhou : « L'Afrique n'a pas été bien servie jusqu'ici par les finances climatiques»

Ancienne responsable du département Énergie, Environnement et Changement climatique à la Banque africaine de développement (BAD), Hela Cheikhrouhou est directrice du Fonds vert depuis 2013. Elle se rend à Bamako afin de sensibiliser les ministres des Finances de la zone franc CFA réunis dans la capitale malienne. Dans une interview accordée au site web Le Point Afrique, Hela Cheikhrouhou a abordé les questions relatives aux financements des projets. Interview.

 

Hela Cheikhrouhou, directrice du Fonds vert pour le climat, lors d'une conférence en novembre 2014

 

La communauté internationale s'est engagée à Lima, lors de la Conférence sur le climat. Six mois après, les États ont-ils tenu leurs promesses ?

Le Fonds vert a entamé son processus de mobilisation des ressources à partir du mois de juin 2014. Dans un laps de temps extrêmement court, nous avons reçu des promesses de l'ordre de 10 milliards de dollars environ -à Lima. Ces promesses-là n'ont pas été encore converties en accord de contribution, du moins pour la plus grande partie. Toutefois, l'objectif est que près de la moitié de ces promesses soient converties en accord de contribution, dans les quelques semaines qui viennent.

Quel est le principal défi du Fonds vert pour le climat ?

Notre mandat est extrêmement ambitieux et difficile à remplir. Il s'agit de promouvoir un changement de paradigme, par les pays en voie de développement, pour passer vers un développement durable faible en carbone et résilient aux effets du changement climatique. Les études scientifiques et les autres analyses indiquent que grosso modo près de 500 milliards de dollars par an doivent être investis par les pays en voie de développement dans le monde comme investissement additionnel pour transformer leurs économies. Vis-à-vis de cette donne, les 10 milliards du Fonds vert pour une période de 4 ans, ça nous donne à peu près 2 milliards et demi par an à investir. Notre principal défi est d'utiliser ces ressources, qui sont limitées de la manière la plus innovante pour pouvoir amener d'autres participants à nos côtés dans ces investissements.

D'après un expert de la finance climatique, la Banque mondiale a élu domicile près de vos locaux. Y a-t-il une pression particulière de cette institution sur le Fonds vert ?

Le bureau de la Banque mondiale, basé en Corée du Sud, est un bureau de représentation de la Banque pour servir le gouvernement de la Corée et la sous-région Asie pour des activités de connaissance de la Banque mondiale. Le bureau qui est ici n'a aucune relation particulière avec le Fonds vert pour le climat. Par ailleurs, la Banque mondiale, basée à Washington, nous sert d'intermédiaire. La Banque mondiale est le banquier du Fonds vert. Mais, il n'y a aucune contrainte particulière liée à ça. La Banque mondiale ne fait qu'exécuter les décisions de notre conseil d'administration.

De nombreuses conférences sur la finance climatique ont eu lieu ces dernières semaines, les États africains sont-ils suffisamment informés sur les objectifs du Fonds vert ?

Nous cherchons toutes les opportunités pour attirer l'attention des ministres africains sur l'existence de ce fonds. Un de nos principaux objectifs est de s'assurer que les pays qui n'ont pas eu leur chance sur le MDP (Mécanisme de développement propre) et sur d'autres mécanismes de financement climat puissent bénéficier du Fonds vert. L'Afrique n'a pas été bien servie jusqu'ici par les finances climatiques.
Nous avons des clauses claires dans notre instrument fondateur sur l'importance de servir les pays vulnérables, notamment en Afrique. Je vais me rendre au Mali prochainement, et je vais assister dans quelques semaines aux assemblées de printemps du FMI et de la Banque mondiale, à Washington le 16 avril pour rencontrer des ministres africains.

J'étais au Japon récemment, lors de la conférence mondiale sur la réduction des désastres, pour participer à une table ronde ministérielle avec différents représentants des régions du monde. Je les ai informés sur le rôle du Fonds vert qui travaille entre autres sur l'adaptation de la réduction des catastrophes liées au climat.

Par ailleurs, on va organiser deux séminaires dédiés à l'Afrique, Afrique francophone et Afrique anglophone, pour élever la connaissance des points focaux gouvernementaux du Fonds vert. Actuellement, de nombreux pays africains ont déjà nommé une personne comme point focal au sein de leur gouvernement.
Nous souhaitons nous assurer que ces points focaux soient le plus à même de comprendre les règles du Fonds vert pour disséminer cette connaissance, pour préparer les projets. Ce sont ces points focaux qui doivent sensibiliser leur gouvernement, leur société civile sur l'existence du Fonds vert. Les points focaux sont très importants pour nous. Aucun projet ne pourra être financé par le Fonds vert sans leur accord. Mais les projets validés peuvent être de toute taille.

Le Fonds vert s'est-il inspiré des autres fonds, tels que le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme ?

Dans toutes les décisions prises par le Conseil d'administration du Fonds vert, nous avons regardé tous les précédents. Nous nous sommes comparés à tous les fonds multilatéraux, le Global Fund, que vous citez pour la lutte mondiale contre le paludisme et le sida et la tuberculose, le GAVI pour la vaccination, le Fonds pour l'environnement mondial (FEM), le Fonds pour l'investissement climat (Climat Investment Fund)... Nous avons regardé toutes les institutions, et nous nous sommes assurés, à chaque fois, de regarder les pour et les contre, voir comment ils sont gérés. Nous en avons tiré les leçons, et avons choisi les modalités qui s'appliquent le mieux à notre mission.

Quelles sont les modalités principales pour accéder au Fonds vert ?

Le Fonds vert va travailler à travers un réseau d'institutions bien établies : des institutions locales, régionales, internationales. Elles peuvent être gouvernementales, privées, ou de la société civile. Nous sommes ouverts à différents types d'organisme. Mais ces institutions doivent être accréditées.
Pour l'accréditation, on fait au préalable une révision soigneuse des règles fiduciaires, de la gouvernance, de la façon dont les projets doivent être construits. Une fois accrédités, ces organismes peuvent nous présenter les projets des pays, et peuvent avoir accès aux ressources du Fonds vert. Ces institutions sont une sorte d'agent du Fonds vert pour superviser la bonne exécution des projets.

Nous sommes en train de surprendre tous nos partenaires. Le conseil du Fonds a récemment accrédité sept institutions. Parmi les sept organisations certifiées, il y en a plusieurs qui travaillent sur l'Afrique. Il y a le Centre de suivi écologique, le CSE, un organisme sénégalais. Il y a ACUMEN, un fonds d'investissement social qui travaille en Afrique, entre autres. Il octroie des prêts aux petites et micro-entreprises.

Il y a aussi une agence bilatérale allemande KfW (un établissement bancaire allemand) qui travaille énormément en Afrique. Nous avons aussi accrédité le Programme des Nations unies pour le développement qui est un organisme actif dans plusieurs pays en Afrique. C'est un début. Nous pensons qu'au fil des années nous aurons un réseau accrédité bien établi. Il y aura un accord-cadre pour gérer la relation.

Le conseil d'administration nous a autorisés à entamer les négociations des accords-cadres. La durée de cet accord sera discutée du 6 au 9 juillet, lors de la prochaine réunion du conseil d'administration, au siège du Fonds vert. Nous sommes une institution qui a été créée pour durer, malheureusement pour des décennies. La lutte contre le changement climatique s'annonce extrêmement difficile et ce n'est pas une mince besogne. Je pense qu'il faudra bien plus que 20 ans afin que nous puissions exécuter notre responsabilité.

Êtes-vous positive pour la COP 21 ?

Les gouvernements du monde ont un rendez-vous avec l'histoire à Paris. Il faut absolument qu'ils se mettent d'accord sur un agrément. La situation est préoccupante. D'après le dernier rapport du GIEC, nous sommes actuellement sur une trajectoire très dangereuse, pour l'Afrique notamment.

Par Houmi Ahamed-Mikidache

Afrique.lepoint.fr

Cité inca du Machu Picchu, région de Cuzco, Pérou (13°05’ S – 72°35’ O). © Yann Arthus-Bertrand/Altitude

Qu’attendre des négociations sur le climat de Lima qui préparent la conférence de 2015 à Paris ? Nous republions ici une note de décryptage par Emeline Diaz et Pierre Radanne pour l’Institut francophone de Développement durable.

Après la confirmation de la gravité du changement climatique en 1985, le 1er rapport du Groupe Intergouvernemental des Experts du Climat (GIEC) a débouché sur un traité international adopté par tous les pays, la Convention de Rio de 1992, qui reconnait le changement climatique et appelle les pays à agir en fonction de leurs responsabilités et capacités. Après le constat d’un engagement insuffisant dans la lutte contre le changement climatique, le Protocole de Kyoto a réalisé une avancée avec la fixation pour les pays développés d’engagements de réduction de leurs émissions pour la période 1990-2012. Mais sans les Etats-Unis. Des engagements très inégaux de la part des pays développés d’ici 2020 Le cycle de négociation suivant a été marqué par de grandes difficultés : les engagements repris par les pays développés pour la période 2013-2020 ont été très insuffisants pour endiguer le changement climatique. Mais surtout de nombreux pays ont commencé de se désengager du Protocole de Kyoto par refus des obligations juridiques qu’il implique. Il s’agit du Japon, de la Russie, de la Nouvelle Zélande, tandis que le Canada est purement et simplement sorti du Protocole de Kyoto et s’est placé dans la même situation que les Etats-Unis. L’horizon de 2020 se rapprochant déjà, s’engage un 4ème cycle de négociation.

Mais aussi des avancées majeures Néanmoins la période récente a marqué des avancées decisives :
•    Les rapports successifs du GIEC sont parvenus à faire reconnaître un objectif commun : rester en deçà d’un réchauffement de 2°C par rapport à la période préindustrielle car au-delà, c’est la capacité à nourrir une humanité qui atteindra 9,5 milliards d’habitants en 2050 qui se trouvera compromise.
•    Ces dernières années, les pays ont fini par s’accorder sur cette obligation qui modifie profondément les termes de la négociation puisqu’il s’avère indispensable que tous les pays contribuent à la lutte contre le changement climatique. Riches et pauvres. Dans des proportions évidemment variables.
•    C’est donc la question même de la forme de développement qui se trouve posée. Il va falloir dépasser et résoudre les inégalités héritées de l’histoire. Le financement de la lutte contre le changement climatique pour les pays en développement est donc devenu un enjeu central.

Un changement de méthode
Cette montée des enjeux a impliqué des changements de méthode de négociation en mobilisant d’abord les chefs d’Etat et de Gouvernement. Ce fut l’objectif du Sommet organisé par Mr. Ban Ki Moon le 23 septembre à New York.

Le calendrier va être ensuite très serré :
•    Définir le cadre politique de la fixation des niveaux d’émissions de gaz à effet de serre par les pays en cohérence avec l’objectif de stabilisation du climat en dessous d’un réchauffement de 2°C et la façon de répartir des efforts lors de la conférence de Lima de début décembre.
•    Amener après chaque pays à définir sa contribution pour le début du printemps 2015.
•    Ensuite, le plus dur, ajuster dans la négociation pendant les 6 mois qui suivent les engagements des pays afin qu’ils soient équitablement répartis.
•    Aboutir à la conférence de Paris de décembre 2015 doit enfin aboutir à un accord fin aboutir à un accord politique intégrant tous les pays pour la période 2020-2030. 30 ans après la compréhension du processus du changement climatique, la négociation entre dans le dur. Si l’on ne parvient pas à des engagements suffisants de la part des pays, la dégradation du climat va vite devenir irrattrapable. Or, les relations internationales se sont fortement dégradées ces dernières années tandis que la crise économique et financière a réduit le soutien financier aux pays en développement.

Il faut donc réussir une négociation à 193 pays dans un délai très court et un contexte politique et économique particulièrement difficile. Réussir cette nouvelle séquence de négociation implique de progresser sur 3 fronts :

•    La négociation entre Etats avec des engagements qui soient non seulement élevés mais aussi qui soient effectivement tenus dans la réalité. Il va donc falloir négocier des engagements et contributions des pays qui soient équitables, obtenir une transparence dans leur réalisation et consolider les accords obtenus dans la négociation par des règles de respect en droit international.
•    La mobilisation dans l’action à tous les niveaux : les Etats, les entreprises, les collectivités locales, les citoyens. Bref parvenir à mettre toute l’humanité en marche. Dans le sens d’un usage plus efficace de l’énergie, de la valorisation des énergies renouvelables à la place de l’utilisation des combustibles fossiles, de la généralisation du recyclage, de la protection des forêts… Autant de choix et d’actions positifs pour l’humanité toute entière. En termes de réduction des impacts négatifs, mais surtout de créations d’emplois, de réduction des dépenses, de cohésion sociale, d’accès au développement…

La mise en évidence des bénéfices de la lutte contre le réchauffement climatique sera déterminante pour amener chaque pays sur le chemin d’un accord ambitieux incluant tous les pays.

•    Du fait de l’importance de cette négociation, il est essentiel d’impliquer les citoyens. Sans leur soutien, les responsables politiques n’auront pas le mandat indispensable pour des décisions majeures. En outre, l’adhésion des citoyens est indispensable pour la réalisation concrète des actions. Il est essentiel non seulement d’aider chacun à comprendre ces enjeux décisifs, mais surtout de donner à chacun des garanties quant à ses conditions de vie pour lui et pour ses enfants. La conférence de Paris doit être la première conférence climat qui s’adresse à la personne.
•    Progresser sur les deux derniers points est essentiel pour remonter le niveau de la négociation internationale. On est au pied du mur, car on ne peut pas reporter l’échéance. En effet, pendant que les pays se renvoient la balle, le climat se dégrade. Irrémédiablement.

Les attentes pour la conférence de Lima

La 20ème Conférence des Parties de la Convention Cadre des Nations-Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) se tiendra à Lima, au Pérou, du 1er au 12 décembre 2014 sera décisive pour la réussite de l’accord de 2015 sur le post-2020.

Ce dernier sera nécessairement le fruit de deux années de préparation et de négociations intenses, à Lima puis à Paris.

La Conférence de Lima devra dresser un cadre global, un calendrier, une première structure solide et faisant consensus du texte d’Accord futur. Il faudra aussi renforcer la confiance, profondément ébranlée depuis la conférence de Copenhague de 2009 et avancer sur les questions d’équité et de solidarité, afin que tous les pays puissent progresser vers un nouveau modèle de développement. En somme, il s’agit de réfléchir à ce que serait une négociation réussie, quelles sont les pistes pour y parvenir et comment dépasser les blocages actuels.

Les principaux sujets à traiter lors de la Conférence de Lima :

•    la structure et les éléments du nouvel accord
•    la nature, le contenu et le calendrier des contributions des pays
•    les financements
•    le développement des initiatives en cours ?

Il s’agira ensuite durant les mois précédents la Conférence de Paris d’éviter l’enlisement d’une négociation qui n’a cessé de se complexifier avec le temps et donc de devenir de plus en plus opaque pour l’extérieur du cercle des négociateurs. Avec donc le risque de voir le soutien de l’opinion publique s’affaiblir alors que des choix décisifs doivent être faits.

Avec un double constat fait depuis l’entrée dans ce nouveau cycle de négociation :

•    “ Le temps ne joue pas en notre faveur1 ”. C’est le constat fait par Mr. Ban Ki Moon, car la dégradation du climat s’accentue. Le dernier rapport du GIEC a été clair : les changements climatiques sont sans équivoque et de nature anthropique.

Leurs effets se font déjà fortement sentir dans de nombreuses parties du monde : inondations en Europe et au Moyen-Orient, sécheresses en Australie, évènements climatiques extrêmes en Asie ou encore aux Etats-Unis. Mais rester en-deçà des 2° de réchauffement par rapport à la période préindustrielle est faisable, si l’on agit dès maintenant.

•    Et, malgré cela, l’écart entre la trajectoire de diminution des émissions mondiales et les engagements pris de réduction des émissions se creuse, ce qui rendra d’autant plus difficile les efforts d’atténuation après 2020 et augmentera le coût de l’adaptation. Il est indispensable de réussir un accord impliquant tous les pays dans le cadre des Nations Unies avec un niveau d’ambition élevé pour parvenir à stabiliser le climat. Ce qui est en question, n’est pas seulement la signature d’un accord entre Etats, c’est la mise en mouvement de toute l’humanité, Etats, entreprises, collectivités territoriales, sociétésciviles jusqu’à chaque citoyen.
 
•    Cette prise de conscience de la nécessité d’agir à différents niveaux est désormais actée : le défi climatique ne pourra être résolu sans la compréhension par les populations des enjeux, sans l’implication du plus grand nombre, et sans l’émergence d’initiatives à tous les échelons et par tous les acteurs de la société civile. Le secrétaire général des Nations Unies, Mr. Ban Ki Moon, a lancé un signal clair, en affirmant que chacun pouvait, à son échelle, faire un pas et agir en cohérence avec les enjeux climatiques2. “Pon tu parte”(fais ta part), slogan de la Conférence de Lima, souligne cette importance de l’action individuelle et de l’engagement des citoyens, décisifs dans la réussite des négociations.

GoodPlanet.info

Pour les forêts tropicales humides comme celles du Bassin du Congo, le bois énergie1 a longtemps été considéré comme abondant et issu de l'exploitation du bois d'œuvre ou de l'agriculture. Cependant, de récentes observations en République Démocratique du Congo (RDC), République du Congo, République Centrafricaine et au Cameroun font état de schémas de production variés et d’une augmentation de la demande urbaine, ainsi que d’une évolution de la consommation du bois énergie qui s’opère au profit du charbon de bois. L’augmentation de la demande urbaine en bois énergie est à l’origine d’une pression accrue sur les ressources forestières de la région, ce qui est particulièrement problématique du fait de l’absence de mesures incitatives pour la restauration ou la gestion durable de ces ressources. Toutefois, elle a également permis à de nombreuses populations locales de gagner un revenu, grâce à la production et à la commercialisation de bois énergie.
Le secteur du bois énergie dans le Bassin du Congo est essentiellement informel ; il n’existe donc que peu de données à ce sujet. La RDC, où d’abondantes ressources forestières couvrent environ 155,5 millions d’hectares, (Eba’a Atyi et Bayol 2009) fait partie des pays les plus pauvres du monde : elle occupe ainsi la 168ème place sur les 169 pays classés sur l’échelle de l’indice du développement humain 2010 (PNUD 2011). Le projet Makala 2 vise à améliorer nos connaissances relatives au secteur du bois énergie, ainsi que la gestion de ce secteur au profit des centres urbains en RDC. Il oppose les zones d’approvisionnement en bois énergie des savanes et des forêts dégradées aux alentours de Kinshasa, et une région largement dotée en forêts tropicales humides encore intactes près de Kisangani. Ce dossier présente des données importantes sur le secteur du bois énergie et des recommandations pour en améliorer la gestion.

Augmentation de la demande dans les centres urbains

La consommation de bois énergie dans les centres urbains en RDC augmente du fait de la croissance de la population et de l’absence d’autres sources d’énergie. Les ménages dépendent fortement du combustible de bois pour leurs besoins quotidiens en énergie de cuisson (à hauteur de 87 % à Kinshasa et de 95 % à Kisangani). Des entreprises telles que les boulangeries, les brasseries, les restaurants, celles consacrées à la production de briques et au forgeage de l’aluminium dépendent également du bois énergie pour leur activité quotidienne. Pour les seules villes de Kinshasa et Kisangani, le volume du marché du bois énergie (4,9 millions m3) représente plus de 12 fois le volume de la production nationale officielle de bois d’œuvre [400 000 m3 (OITB 2011)]. À Kinshasa, la capitale du pays, qui regroupe près de 6 millions d’habitants 4, la valeur totale du marché du charbon de bois est estimée à 143 millions de dollars US en 2010, soit 3,1 fois la valeur des exportations nationales de bois d’œuvre du pays. [46 millions de dollars US en 2010 (FAO 2011)]
La zone d’approvisionnement en bois énergie de Kinshasa s’étend vers le sud-ouest et le nord-est, sur une distance moyenne de 102 km pour le bois de chauffe et de 135 km pour  le charbon de bois (Figure 2). Les provinces de Kinshasa et du Bas-Congo fournissent l’essentiel du bois énergie (43 % et 34 % respectivement), le reste (23 %) étant transporté par le fleuve Congo depuis les provinces de Bandundu, de l’Equateur et la Province Orientale sur des distances pouvant atteindre 1000 km. La capitale de la Province Orientale, Kisangani, est approvisionnée par six voies principales (rivière et route), les distances moyennes parcourues étant de 25 km pour le bois de chauffe et de 37 km pour le charbon de bois (Figure 3).
Le secteur du bois énergie offre un nombre important d’emplois dans le secteur informel. Le secteur forestier formel emploie 15 000 personnes (Eba’a Atyi et Bayol 2009), alors que le secteur informel de la production de bois énergie pour la seule ville de Kinshasa emploie plus de 300 000 personnes. La plupart des opportunités lucratives se trouvent au niveau de la production, les revenus liés au bois énergie complétant largement le revenu moyen des ménages (la part des revenus générés variant de 12 % pour les récolteurs de bois de chauffe autour de Kisangani à 75 % pour les producteurs de charbon de bois autour de Kinshasa). Les revenus issus du bois énergie fournissent aux ménages un capital qu’elles investissent dans d’autres activités (essentiellement dans l’agriculture et dans une moindre mesure dans de petites activités comme l’élevage et la pêche). Cependant, dans l’ensemble, les revenus des producteurs restent faibles, plus de la moitié gagnant moins de 50 dollars US par mois, ce qui témoigne du niveau élevé de la pauvreté dans le pays.

Moins d'approvisionnement, moins d'accès

En RDC, les pratiques non durables et la déforestation s’observent essentiellement dans les zones périurbaines, les régions de savanes et en périphérie des zones protégées (Schure et al. -sous presse). Les deux tiers du bois énergie produit pour Kinshasa et Kisangani proviennent de l’agriculture sur brûlis, le tiers restant provenant des forêts (en général de forêts dégradées situées le long des rivières dans la région de Kinshasa, et de forêts primaires aux alentours de Kisangani). Les coûts pour l’environnement ne sont pas internalisés ; les producteurs replantent rarement les arbres. La demande dépasse l’offre pour les forêts périurbaines de Kinshasa qui s’appauvrissent rapidement.
Les distances aux ressources vont en s’accroissant, de même que les problèmes accompagnant l’approvisionnement en bois énergie, comme les conflits portant sur l’accès aux arbres. Contrairement à Kinshasa où chaque arbre disponible est utilisé, la tendance autour de Kisangani est plus à la sélection, ce qui a abouti à la dégradation des sources d’arbres les plus utilisées. Parmi les diverses essences de bois utilisées pour la production de bois énergie, on recense couramment celles utilisées pour le bois d’œuvre et les produits forestiers non ligneux (PFNL). En ce qui concerne les diverses essences utilisées pour la production de bois énergie, il existe très peu d’informations sur l’état de conservation de la majorité de ces essences. Par exemple, la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), inventaire exhaustif de l’état de conservation des espèces animales et végétales dans le monde, n’a évalué que quelques essences utilisées pour la production de bois énergie (UICN 2011). Parmi celles-ci, certaines courent le risque de devenir des espèces menacées à l’avenir comme Milicia excelsa, Pterocarpus angolensis et Irvingia gabonensis, alors que deux espèces – Millettia laurentii et Autranella congolensis – ont été évaluées respectivement comme en danger et en danger critique d’extinction.
Le code forestier et la législation foncière comprennent des cadres réglementaires pour le secteur du bois énergie. Il existe des solutions juridiques possibles pour la gestion de la production du bois énergie, à savoir : (1) les plantations publiques ; (2) les plantations privées ; (3) le reboisement de parcelles agricoles ; (4) l’exploitation de bois énergie avec permis d’exploitation et de carbonisation du bois ; et (5) les forêts communautaires rurales. (...)

Recommandations

Face à l’augmentation de la demande en bois énergie et à l’absence d’énergies de substitution à court terme, le gouvernement congolais doit s’atteler immédiatement à l’amélioration de la gestion du secteur, et ce en collaboration avec les parties prenantes. Le programme national de réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation (REDD) impulse un élan dans ce sens, car son programme d’investissement forestier (FIP)7 récemment approuvé accorde une place importante aux bénéfices possibles pouvant être tirés de la production et de la consommation dans le domaine du bois énergie. A l’avenir, les interventions devront prendre en considération la dépendance d’un grand nombre de personnes à la production de bois énergie et l’importance de la commercialisation de celui-ci en tant qu’activité lucrative. Ces activités appartiennent encore à la sphère informelle, de sorte que la coopération entre les différents secteurs – énergie, forêts, aménagement du territoire et agriculture – est nécessaire pour professionnaliser et formaliser ces activités sans nuire aux moyens de subsistance des personnes impliquées. De nouvelles options de gestion combinant l’agroforesterie, les plantations et l’amélioration de l’efficacité énergétique au niveau du producteur et du consommateur peuvent offrir des opportunités permettant de garantir des approvisionnements futurs durables en énergie, tout en assurant le maintien des ressources naturelles du pays.

Au niveau de la production :

  1. Reconnaître l’importance du secteur qui fournit des revenus à un grand nombre de personnes
  2. Améliorer l’efficacité énergétique des fours de carbonisation (en agissant sur les compétences en matière de production et la technologie).
  3. Sensibiliser à la protection des essences de valeur et menacées.
  4. Replanter les arbres (pour des usages multiples) dans les systèmes de plantation et d’agroforesterie. 5. Améliorer les droits des récolteurs et des producteurs pour ce qui est de l’accès aux arbres et aux terrains afin d’encourager une meilleure gestion et de réduire les conflits.
  5. Améliorer la transparence au niveau du règlement des taxes et cibler les taxes informelles qui augmentent les coûts de production.

Au niveau des ventes et de la consommation :

  1. Promouvoir le bois énergie issu des forêts de plantation et éviter celui issu des essences d’arbres de valeur ou menacées.
  2. Reconnaître l’importance du bois énergie comme source principale d’énergie pour la cuisine dans les ménages et comme source d’énergie essentielle pour les entreprises et industries.
  3. Se pencher à nouveau sur le faible niveau d’adoption de foyers de cuisine à faible consommation d’énergie et soutenir les activités qui encouragent leur utilisation.
  4. Soutenir l’accès à des énergies de substitution (comme le gaz, l’électricité et la bioénergie à petite échelle) données de la recherche sur le terrain entre 2009 et 2011.
  5. Les estimations de la population de Kinshasa diffèrent largement d’une source à l’autre. Cette étude s’est appuyée sur les données du dernier recensement effectué par la division urbaine du ministère de l’Intérieur, de la Décentralisation et de la Sécurité (2010) qui fait état de 5,8 millions d’habitants.
  6. Direction du reboisement et de l’horticulture du ministère de l’Environnement, communication personnelle, Kinshasa, août 2009.
  7. Division urbaine du ministère de l’Environnement à Kinshasa, communication personnelle, Kinshasa, avril 2010.
  8. Le programme d’investissement forestier de la RDC (Ministère de l'Environnement, Conservation de la Nature et Tourisme) a été entériné lors de la réunion du sous- comité en juin 2011.

Jolien Schure, Verina Ingram, Jean-Noël Marien, Robert Nasi et Emilien Dubiez
Centre de recherche forestière internationale (CIFOR)
www.cifor.org

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