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mercredi, 08 novembre 2017 02:09

23EME CONFERENCE DE PARTIES A BONN

Écrit par  Congo Green Citizen
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Tosi Mpanu Mpanu parle des défis majeurs du financement climatique au cœur de négociations 

Pour l’expert RD-congolais, les besoins financiers ne sont pas en adéquation avec les moyens mis à disposition ; et le manque de certitude à propos de ce financement peut miner la dynamique acquise à Paris. Pour la plupart des pays africains et du Groupe des pays les moins avancés -PMA-, l'un des principaux défis de la COP 23 -Conférence des Nations unies sur le changement climatique-, qui a démarré le 6 novembre 2017 à Bonn, en Allemagne, sous la présidence des îles Fidji, sera notamment de « clarifier » la question du financement de l'atténuation (réduction des émissions) et de l'adaptation (résilience aux effets des changements climatiques).

Crédit image: Cncd.be

L’Afrique est frappée de plein fouet par les conséquences des changements climatiques. Partout sur le continent, les catastrophes naturelles à lourde implication financière se multiplient. Aucune région du continent ne semble être épargnée. Les effets de ces catastrophes aggravent les inégalités sociales. «L'Afrique de l'Est et l'Afrique australe font face à de longs cycles de sécheresse (...), des pluies inattendues ont causé des inondations mortelles et des glissements de terrain en Sierra Leone et en RD-Congo. Il y a deux ans à Paris, les gouvernements ont promis de combattre le changement climatique. Maintenant, il est temps de donner corps à cette promesse», a commenté un expert. Et la 23ème COP pourrait être une étape décisive dans la bonne direction si les principales attentes des pays africains trouvaient satisfaction.

Pour la plupart des pays africains et du Groupe des pays les moins avancés -PMA-, l'un des principaux défis de la COP 23 est d’apporter les éclaircissements sur la question du financement de l'atténuation et d’adaptation. «Les gouvernements africains peuvent et s'engagent dans des stratégies d'atténuation et d'adaptation, et nous, la société civile, les obligerons à rendre des comptes quant à leur application. Cependant, pour mener à bien tous ces programmes, nous avons besoin que les pays riches tiennent leurs promesses. L'engagement de réunir 100 milliards de dollars par an pour financer l'adaptation et l'atténuation doit être concrétisé », a commenté Aissatou Diouf de l'ONG sénégalaise Enda Energie, l'une des structures coordinatrices du Réseau Climat & Développement.

Penser au pré-2020

«Nous avons besoin que la COP 23 soit celle du financement et du soutien. Les PMA -Pays les moins avancés- appellent les pays développés à accélérer la mise en œuvre de leurs obligations en matière de financement climatique et à combler le fossé financier toujours croissant avant qu'il ne devienne trop important», plaide la présidence du groupe des PMA -qui regroupe 47 pays dont la majorité sont africains-, assurée par l'Ethiopien Gebru Jember Endalew.

Pour Tosi Mpanu Mpanu, expert négociateur de la RD-Congo, les besoins financiers ne sont pas en adéquation avec les moyens mis à disposition pour l'instant. «Il commence bien évidemment à y avoir des solutions grâce aux différents fonds climatiques existant et dont les pays en développement ne maîtrisent d'ailleurs pas toujours les mécanismes. Mais les Etats africains financent la plupart de leurs besoins climatiques, notamment après des catastrophes climatiques », a ajouté l’ancien président du groupe des PMA. L’Afrique ne contribue que faiblement à l’augmentation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, soit 3% des émissions globales, mais paye le lourd tribut de l’industrialisation.

«Pour nous, cette COP, contrairement à ce que certains en disent, est une COP à enjeux», a précisé Tosi Mpanu Mpanu, ancien président du Groupe Afrique aux négociations climatiques. A Bonn, «on pourrait prendre une décision qui est double pour l'Afrique. Elle porte à la fois sur le financement et l'adaptation. Aujourd'hui, le fond dédié au financement de l'adaptation dépend du protocole de Kyoto. Nous voudrions que la Conférence des parties puisse adopter le principe selon lequel le fonds d'adaptation puisse servir l'accord de Paris qui est aujourd'hui la référence.», a-t-il précisé. En outre, «L’accord de Paris va définir la gouvernance climatique à partir de 2020 mais il y a le pré-2020. Et dans le pré-2020, il faut réfléchir à la façon de relever le niveau d'ambition. Dans cette optique, les pays africains attendent de la clarté sur la façon dont nous atteindrons les 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Certains pays, en utilisant une comptabilité peu créative (...), estiment que 64 milliards de dollars ont déjà été mobilisés sur la période 2015-2016 pour le financement climatique. C'est un calcul que nous ne comprenons pas (...). Nous demandons donc plus de transparence et de convergence.», a dit Tosi Mpanu-Mpanu.

Les assurances du financement international

La question du financement est cruciale dans la lutte engagée par les pays africains contre le changement climatique. «Dans les contributions déterminées au niveau national -CND-, beaucoup de pays africains ont conditionné une partie de leurs actions, à l'instar de mon pays, la RD-Congo», a déclaré Tosi Mpanu Mpanu.

L'état RD-congolais prévoit de réduire ses émissions de 17% entre 2020 et 2030, à condition que 21 milliards de dollars lui soient mis à disposition en raison de 9 milliards pour l'adaptation et 12 milliards pour l'atténuation. De même, le pays a besoin d'un soutien financier, technologique et de renforcement des capacités dans la planification, l'élaboration et la mise en œuvre de nos plans nationaux d'adaptation -PNA-. Pour beaucoup de pays africains, ces plans sont envisagés comme le volet adaptation de leurs contributions nationales.

Le fonds vert, dont Tosi Mpanu-Mpanu est l'un des administrateurs, a décidé de mettre à disposition 3 millions de dollars par pays pour faire leurs plans. Pour certains pays, ce sera suffisant, pour d'autres non. Alors même qu'une épée de Damoclès plane sur les ressources du fonds. «Les pays ont pris des engagements à hauteur de 10,2 milliards de dollars en ce qui concerne le fonds vert», affirme Tosi Mpanu-Mpanu.

Les États-Unis, à eux seuls, avaient promis de contribuer à hauteur de 3 milliards. Et l'administration Obama avait déjà versé un milliard. Aujourd'hui, après l'annonce du Président Donald Trump qui souhaite que son pays quitte l'accord de Paris, le reliquat de deux milliards ne devrait pas arriver de sitôt.

«Le manque de certitude à propos de ce financement peut miner la dynamique, le cercle vertueux auquel les pays en développement veulent se joindre. Il faut donc qu'on ait un signal fort que d'autres pays vont prendre le relais. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui», a regretté l’ancien consultant de la Banque Mondiale. Puis d’ajouter : «il n'y a pas péril dans la demeure car plus d'une cinquantaine de projets ont été approuvés pour une valeur de 2,5 milliards de dollars par le Fonds vert. La question du refinancement du fonds vert pourrait poser problème».

A Bonn, résume Tosi Mpanu-Mpanu, il faudra « continuer à encourager les pays, à leur montrer qu'ils peuvent continuer à faire des efforts avec leurs petits deniers tout en sachant que le financement international prendra le relais. Les Etats africains doivent avoir l'assurance que l'argent sera disponible.»

Christian MALAMBA

 

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