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jeudi, 09 juin 2016 15:06

Judith AKUMA: s’investir pour les causes environnementales par la mode

Écrit par  Congo Green Citizen
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Judith Akuma : «Répartir de mes racines pour mieux me comprendre et me vivre»

Déterminée, curieuse et ambitieuse, Judith Akuma, entrepreneuse RD-congolaise vivant en Italie, s’est exprimée dans une interview exclusive accordée à Congogreencitizen.org, au sujet de l’aspect environnemental qu’il intègre dans ses collections. Elle a affirmé intégrer au quotidien la portée écologique dans son travail en sélectionnant quelques artisans, dans l’Afrique subsaharienne ou la diaspora, qui utilisent des fibres naturelles ou des matériaux de recyclage. Fondatrice et manager de Afrosalt Boho, Judith Akuwa a, au cours de cet entretien à bâton rompu, retracé son parcours académique, la création de son entreprise et a révélé travailler sur des projets au profit de son pays d’origine, la RD-Congo. Très attachée au pays de ses ancêtres, Akuma, qui est à la recherche de soi, tient à répartir de ses racines pour mieux se comprendre et se vivre. Interview.

Au salon international Homi, pour la décoration interne, bien-etre, bijoux et habillement haute gamme. Tanzania Maasai Women Art et Afrosalt Boho.

Quels parcours académique et scolaire avez-vous suivi pour devenir une Entrepreneuse dynamique en Italie ?

A l’école j'ai fait le lycée littéraire, mais arrivée à l'université je ne savais plus quelle orientation choisir. Curieusement, j'avais toujours cru savoir ce que je voulais. J’ai donc choisi la faculté des sciences politiques, n'étant pas forte en maths, et vu qu'elle englobait toutes les sciences qui m'avaient toujours intéressée. Cela m'avait paru plus logique ! Mon souci de pouvoir être utile socialement, m'a poussée dans l'option coopération et développement. Cependant mon parcours a pris une tout autre tournure, celle que la vie lui a donnée. Pendant l'université, je faisais du mannequinat pour subvenir à mes besoins personnels et payer les frais universitaires. J'ai donc passé plus du temps dans les castings et maisons de mode, que dans les ONG ou entreprises sociales spécialisées dans la mise en œuvre de projets de coopération internationale. A un certain moment j'ai pensé à une reconversion pour ne pas jeter cette expérience pratique. Je suis donc retournée sur les bancs de « l 'école » pour étudier le fashion merchandising management, et les techniques de vente dans le luxe, dans des écoles de mode et design comme la NABA (NUOVA  ACCADEMIA DELLE BELLE ARTI) de Milan et d'autres cours d'ajournement.

Pensez-vous que les choses se seraient déroulées autrement si vous aviez évolué dans votre pays d’origine, la République Démocratique du Congo ?

Sûrement, je pense que le lieu que l'on fréquente, les proches, les expériences vécues et la structure dans laquelle on vit influencent de beaucoup nos actions et choix. Même si je dois avouer qu'au pays j'avais déjà un esprit entrepreneurial. Peut-être que j'aurai évolué dans un autre secteur ou non. Qui sait ?

Pourriez-vous nous parler d’un moment qui a déterminé votre parcours dans le monde de la mode et du design ?

Oui, je crois qu'après des années comme mannequin, je sentais vouloir donner plus de moi-même. Je ne sentais plus mien ce que j'avais porté de l'avant jusque-là. Je me retrouvais comme dans un vide existentiel. J'ai dû m'arrêter pour comprendre où j'allais, et si cela était conforme à moi-même. C'est à ce moment-là que j'ai ouvert mon blog Afrosalt Boho pour m'aider à m'éclaircir en regardant à l'intérieur de moi, mon passé, mes origines et mon présent. Cette recherche m'a donné une réponse et j'ai fait la paix entre mon rationnel et mon esprit créatif.

Votre jeune entreprise s’appelle AFROSALT BOHO. C’est une appellation assez particulière. Quel est son sens ?

AFROSALT est une fusion de deux abrégés : «Afro », tout ce qui renvoie à l'Afrique, mais surtout cheveux afro naturels et « Salt » qui vient de sel en anglais. Le tout donne sel d'Afrique ou pépin d'Afrique. Boho, abrégé de l'adjectif bohémien. Il s’agit d’une personne qui vit d'une manière non conventionnelle. Souvent c'est une personne créative, elle peut toucher à la musique, la peinture, etc. Sensible à la nature et respirant ses idéaux. Pour son style d'habillement, elle mixe différentes modes pour créer son style à elle. Il peut sembler bizarre aux yeux des « normaux » ou excentrique. Sa garde-robe est relax et confortable, on y retrouve des éléments vintage, tribaux et tendance à la fois. Bref, mon entreprise traite la mode afrohémienne ou afrobohémienne et son style de vie.

Quelle est la philosophie qui se cache derrière AFROSALT BOHO ?

Afrosalt Boho est tout simplement la recherche de soi, comme je l'ai mentionné au début, ma recherche. J'espère que certains s'y retrouveront. Ce parcours de quête m'a porté à répartir de mes racines, pour mieux me comprendre, y trouver les réponses pour le reste de mon chemin, et me vivre. A savoir, ma négritude en commençant par mes cheveux, réapprendre comment en prendre soin, et à les aimer. Connaitre mon histoire et ma culture « réellement », non ce qui m'a été raconté à l’école, dans des livres datant de je ne sais quelle époque, et d'auteurs douteux. L'histoire connue de l'Afrique, n'est qu'une infime partie de ce qu'il y a vraiment à connaître, de même pour mon pays la RDC. J'en puise extrêmement d'inspiration et richesses qui me permettent de m'en nourrir intellectuellement. Partir de soi, de ses racines pour trouver sa place comme personne, et vivre de ses idéaux.

Quel regard portez-vous sur la mode africaine en Afrique ? Et pourquoi pas en RDCongo, votre pays d’origine ?

Je la trouve très riche en créativité, mais elle a besoin d'être épaulée, pour lui donner la touche business qu'elle mérite. Déjà certains créateurs comme Laduma Ngxokolo, Sindiso Khumalo, Loza Maléombho, et tant d'autres, ont démontré un travail de pointe, et le potentiel africain. Il y a encore beaucoup à faire, tant de jeunes créateurs et le continent est grand.Pour la RDC, je pense qu'il faudrait promouvoir notre artisanat, la mode congolaise ne peut pas cheminer en copiant totalement la mode occidentale. Elle a besoin de son bagage culturel, et partir de cela pour l'interpréter avec les instruments d'aujourd'hui.

Dans vos créations, on ressent constamment un besoin de retourner aux sources des traditions africaines. Comment vous arrivez à vous frayer un chemin entre tradition africaine et modernisme, dans un univers de la mode très sophistiqué (particulièrement en Europe) ?

La simplicité et le confort sont ce que je cherche en premier, puis j'y ajoute un détail inusuel, parce que l'œil et l'esthétique veulent aussi leur part. Pour pouvoir proposer une création, je pars des personnes. De cette façon je peux m'orienter, une fois que je choisi quel style mettre à point.

Est-ce qu’il est faux de dire que l’environnement ou l’écologie sont au centre de vos créations ?

Non, ce n'est pas faux. La première capsule collection d'Afrosalt Boho s'appelleMbuti. Une petite voix pour rappeler le défi que doivent relever le peuple Mbuti (dans l'est de la RDC) dans la sauvegarde de leur territoire. En effet, la dégradation des réserves naturelles et des zones de culture, la déforestation et l'exploitation des mines d'or locales ont rendu difficile leur approvisionnement alimentaire. Cela peut sembler une goutte d'eau dans l'océan, mais faire connaître cette réalité est important pour moi.

Le foulard Mbuti, qui peut-etre utilisé aussi comme objet d'art, en le pinçant sur un Canvas, et l'embellissant avec un cadre

Comment vous arrivez à intégrer la portée écologique dans votre travail au quotidien ?

Je sélectionne quelques artisans africains dans l'Afrique subsaharienne ou la diaspora qui utilisent des fibres naturelles ou des matériaux de recyclage. Pour la plupart je les choisis dans les accessoires qui s'harmonisent avec ma collection d'habillement.

Avez-vous des projets pour votre pays d’origine ? Dans le domaine de la mode ou autres ?

Oui, mais c'est encore tôt pour en faire part. Surement dans la mode et les secteurs affins de toutes les façons. La mode touche aussi plusieurs domaines mais on ne s’en rend pas compte.

Avez-vous un message à faire passer vos compatriotes congolais ?

Je voudrais simplement nous inviter à nous connecter entre nous. Il s’agit, en d’autres mots,  de rejoindre les personnes avec les mêmes idées et projets qui peuvent promouvoir le développement. L'union fait la force. Il est essentiel pour nous congolais de repartir de nos richesses culturelles et je vous garantis que nous serons ébahis par les résultats. La plupart d’entre nous ont une connaissance superficielle en ce qui concerne notre culture. Ils seraient tellement inspirés s’ils se donnaient le l’occasion de mieux connaître cette richesse culturelle. Ce sont nos idées et nos actions qui créent des mouvements de changement dans le monde. Persévérons!

Propos recueillis par CGC

 

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