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mardi, 26 avril 2016 15:47

Héla Cheikhrouhou : « Les banques sont clés pour lutter contre le réchauffement climatique »

Écrit par  Congo Green Citizen
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Le bras armé des Nations unies pour lutter contre le réchauffement climatique a encore tout à prouver. Après une année 2015 dédiée à sa construction et à la réalisation de ses premiers investissements, 2016 doit être synonyme "d’accélération" pour le Fonds vert pour le climat. Doté de 10 milliards de dollars, le Fonds vert pour le climat n’a pour l’instant validé que 168 millions de financements et se fixe l’objectif ambitieux d’atteindre 2 milliards de dollars cette année.

Héla Cheikhrouhou, Directrice Générale du Fonds Vert pour le Climat_Photo: Un.org

Pour atteindre cet objectif, le fonds basé en Corée du Sud et mené par une équipe restreinte, s’appuie sur des entités qu’il accrédite pour lui faire remonter les « meilleurs projets », c’est à dire ceux les plus à même de « changer de paradigme » face aux contraintes du climat. Si 33 structures, dont certaines ont suscité la polémique, bénéficient d’ores et déjà de ce mandat, nombreux sont les pays africains qui n’en compte pour l’instant aucune. Sur le terrain, certains porteurs de projets s’impatientent, notamment en Afrique, qui s’est vue promettre une part importante des fonds. Alors que l’Accord de Paris est signé ce vendredi 22 avril à New-York, la directrice générale Hela Cheikhrouhou, qui quittera son poste en septembre prochain, a répondu aux questions de Jeune Afrique.

Sur 10 milliards de dollars de promesses de dons, le Fonds Vert n’a annoncé que 168 millions d’investissements en 2015. Comment parvenir à accélérer le rythme tout en continuant à se construire ?

Diriger ce fonds c’est un peu comme conduire une voiture à grande vitesse tout en étant en train d’assembler le moteur. Cette situation est justifiée par l’urgence : nous battons actuellement tous les records d’accélération du changement climatique. Ce n’est pas demain que les pays ont besoin de nos ressources, c’est aujourd’hui, voire hier ! Le Fonds vert doit donc trouver le bon équilibre entre accomplir toutes les procédures nécessaires et délivrer au plus vite cette aide urgente.

De nombreux pays africains ne disposent pas encore d’une entité accréditée par le Fonds vert. Rencontrez-vous des difficultés à trouver des organisations qui remplissent vos critères sur le continent ?

Nous avons accrédité des entités locales en Afrique, je peux notamment vous citer le Centre de suivi écologique au Sénégal. Nous débloquons par ailleurs des dons pour aider les pays insulaires et les PMA [Pays les moins avancés, ndlr] à se donner les moyens d’accéder au Fonds vert, en travaillant notamment sur leurs structures susceptibles d’être accréditées. L’objectif est de lutter contre le cercle vicieux, constaté de longue date, qui fait que l’argent va vers les pays les plus avancés, car ils ont plus de capacités (financières, humaines). Ces dons pourraient être augmentés cette année. Mais la limite des entités nationales c’est d’être compétentes pour de petits projets, nous devons aussi trouver plus de structures en Afrique capables de travailler à grande échelle.

L’accréditation de grandes banques commerciales, comme HSBC, a suscité de fortes critiques. Comment justifiez-vous cette décision ?

L’essentiel des liquidités financières se trouve entre les mains du secteur privé, notamment des organisations institutionnelles, des fonds de pension, des assureurs. Ils doivent donc être concernés. C’est la clé : il faut créer un pont solide, qui n’existe pas encore, entre l’action environnementale et le monde de la finance. Et les banques commerciales sont le pont par excellence. Donc quand de grands acteurs comme HSBC, Crédit agricole, Deutsche Bank s’engagent avec nous, pour moi, c’est un succès majeur.

Quand allez-vous annoncer de nouveaux financements ?

Nous travaillons actuellement sur 22 projets très avancés, qui devraient être approuvés au cours de l’année 2016. Ils représentent pour nous une demande totale de financement de 1,5 milliard de dollars, pour une valeur globale de 5 milliards de dollars. Pour accroître la probabilité d’allouer des fonds à grande échelle avant la fin de l’année, une réunion supplémentaire du conseil d’administration a été fixée pour décembre. Certaines sources rapportent que ce conseil d’administration pâtit d’un fonctionnement très onusien, très bureaucratique. Ce qui ne s’accorde pas vraiment avec la réactivité demandée à un fonds…Le Fonds vert tient une grande partie de sa crédibilité du fait qu’il a été agréé par les 195 pays membres de la convention des Nations unies sur le climat. Les décisions du conseil d’administration sont prises par consensus entre les 24 membres, issus pour moitié des pays développés et pour moitié des pays en développement. Cela crée une dynamique intéressante…Avec l’accord de Paris et la nécessité de mettre en œuvre rapidement les financements, le ton de la discussion est promis à devenir de plus en plus pragmatique et constructif.

Il y a quelques mois vous alertiez sur le fait que les promesses de dons ne se concrétisaient pas. Ce problème est-il toujours d’actualité ?

Non, ce n’est plus un sujet. Nous avons signé des arrangements pour la quasi-totalité des montants promis à Berlin en 2014.

Vous n’allez donc pas demander de contributions supplémentaires aux pays développés à l’occasion de la COP22 au Maroc ?

Non, pour l’instant notre priorité est la mise en œuvre. Plutôt que de chercher de nouveaux engagements à Marrakech, nous serons là pour rendre compte de nos avancements.

Votre mandat de première directrice général du Fonds Vert s’achève en septembre, et vous avez décidé de ne pas postuler à un renouvellement. Pourquoi ?

J’ai accepté un mandat pour les trois premières années de la vie de ce fonds. Cela a été une expérience inoubliable. Ce que nous avons réalisé en 3 ans prend normalement deux fois plus de temps. Maintenant on passe à une deuxième phase, avec une institution bien établie. Mon travail ici est largement accompli.

Quel sera votre prochain point de chute ?

Je suis en train de considérer un nombre restreint d’options, très diverses. Cela va du secteur privé au multilatéral, en passant par l’académique. Ce qui va guider mon choix c’est de savoir laquelle sera aussi excitante que le Fonds vert pour le climat.

Jeune Afrique/CGC

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