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vendredi, 04 mars 2016 14:48

Des ONG contre la levée du moratoire sur l’exploitation forestière

Écrit par  Congo Green Citizen
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L’annonce du ministre RD-congolais de l’Environnement et développement durable, Robert Bopolo, relative à sa volonté de lever le moratoire sur l’attribution de nouvelles concessions forestières en vigueur depuis 2002, a suscité un vif tollé au sein des ONG nationales et internationales défendant l’environnement. Elles estiment dans leur déclaration du 2 mars que la levée de ce moratoire entraînerait un raz-de-marée de dégâts environnementaux, d’abus sociaux et de corruption au sein de la deuxième plus vaste forêt tropicale du monde, et qu’elle pourrait ruiner les efforts entrepris pour préserver les forêts de la RD-Congo dans le cadre de la lutte contre le changement climatique.

Camion de grumes dans une exploitation forestière(Bassin du Congo) - Crédit photo: Greenpeace

«L’explosion de l’exploitation forestière à grande échelle pourrait porter gravement atteinte à l’approche plus progressiste de la RD-Congo vis-à-vis du développement de la foresterie communautaire», ont déclaré ces ONG dans une note circulaire rendue publique le 2 mars dernier. Puis: «l’expérience de l’exploitation forestière à l’échelle industrielle démontre clairement que son extension, plutôt que sa réduction, s’accompagnerait de nombreux problèmes très sérieux, sans offrir d’avantages durables à la RD-Congo». Puis encore: «l’exploitation forestière industrielle a généré de maigres retours fiscaux. Selon une étude de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, les gouvernements national et provinciaux de la RD-Congo ont reçu USD 12.896.258 du secteur forestier en 2013. En 2014, dernière année complète pour laquelle les données sont disponibles, ce montant avait chuté d’un tiers, pour s’établir à USD 8.349.439».

De l’avis de la Banque mondiale, le moratoire «devrait être maintenu jusqu'à l’achèvement d’un processus participatif de zonage des régions pouvant faire l’objet de concessions, l’application d’un système transparent et compétitif de sélection des futurs concessionnaires».

Deux initiatives internationales majeures compromises

Selon ces ONG, la déclaration du ministre Bopolo arrive au moment où le gouvernement de la RD-Congo espère bénéficier d’au moins deux initiatives internationales majeures qui lui apporteraient des fonds pour la protection des forêts du pays. La première consiste en un projet d’USD 436 millions soutenu par le Fonds carbone de la Banque mondiale. «Ce projet est destiné à créer des crédits de carbone en réduisant la déforestation dans la province de Maï-Ndombe, d’une superficie de 13 millions d’hectares», ont-elles révélé tout en estimant que ce projet pourrait être sérieusement compromis si le moratoire était levé et si de nouvelles concessions étaient attribuées dans la région.  Et de dénoncer : «11 concessions forestières y sont déjà attribuées dont le projet de document fait remarquer qu’aucune ne dispose du plan de gestion légal requis». Puis: «comme cette région est relativement proche de Kinshasa, il est très probable qu’elle soit la cible de nouvelles demandes de concessions de la part d’entreprises forestières».

La seconde initiative consiste en un Plan d’investissement national REDD+ de la RD-Congo. «Cette initiative laisse entrevoir des investissements étrangers à concurrence d’USD 1 milliard pour protéger les forêts de la RD-Congo, et devrait, elle aussi, être substantiellement remise en question si l’expansion des concessions industrielles se concrétisait», ont fait savoir ces ONG. Elles ont par ailleurs salué la finalisation, ce mois-ci, de la législation sur la foresterie communautaire. Toutefois, selon cette législation, les futures forêts communautaires ne pourront être développées que dans des zones qui ne sont pas déjà réservées à d’autres fins. «Dès lors, l’expansion des concessions forestières industrielles pourrait priver de nombreuses communautés forestières de la possibilité de bénéficier directement de la gestion et du contrôle locaux des forêts qu’elles occupent de longue date», ont-elles analysé.

Réduire la taille de l’industrie forestière

Dans leur conclusion, ces organisations de la Société civile ont appelé le gouvernement de la RD-Congo à se concentrer sur la réduction de la taille de l’industrie forestière, en intensifiant la mise en application des lois et en soutenant des approches de la gestion forestière différentes, favorables aux pauvres et respectueuses du climat. «Les efforts collectifs doivent être orientés vers des réformes indispensables, comme le zonage participatif et la mise en œuvre de la nouvelle loi sur la foresterie communautaire», ont-elles argué. Puis: «à défaut d’une telle approche, les efforts de la RD-Congo pour devenir un pionnier des projets REDD sont très probablement voués à l’échec».

Le moratoire sur l’exploitation forestière a été décrété par arrêté ministériel en mai 2002. Son objectif était de mettre en veille un mode d’exploitation forestière qui menaçait d’entraîner, au lendemain de la guerre, le pillage généralisé et la destruction des immenses forêts du pays. A en croire les ONG signataires de la déclaration du 2 mars, avec le soutien technique et financier de la Banque mondiale, le pays devait prendre le chemin d’une industrie forestière durable, générant des milliards de dollars de revenus et des dizaines de milliers d’emplois, tout en préservant, en principe, la forêt.

Laurent OMBA

Lu 726 fois Dernière modification le vendredi, 04 mars 2016 17:04

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