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samedi, 06 décembre 2014 22:24

Les enjeux des négociations climatiques de Lima

Écrit par  Congo Green Citizen
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Cité inca du Machu Picchu, région de Cuzco, Pérou (13°05’ S – 72°35’ O). © Yann Arthus-Bertrand/Altitude

Qu’attendre des négociations sur le climat de Lima qui préparent la conférence de 2015 à Paris ? Nous republions ici une note de décryptage par Emeline Diaz et Pierre Radanne pour l’Institut francophone de Développement durable.

Après la confirmation de la gravité du changement climatique en 1985, le 1er rapport du Groupe Intergouvernemental des Experts du Climat (GIEC) a débouché sur un traité international adopté par tous les pays, la Convention de Rio de 1992, qui reconnait le changement climatique et appelle les pays à agir en fonction de leurs responsabilités et capacités. Après le constat d’un engagement insuffisant dans la lutte contre le changement climatique, le Protocole de Kyoto a réalisé une avancée avec la fixation pour les pays développés d’engagements de réduction de leurs émissions pour la période 1990-2012. Mais sans les Etats-Unis. Des engagements très inégaux de la part des pays développés d’ici 2020 Le cycle de négociation suivant a été marqué par de grandes difficultés : les engagements repris par les pays développés pour la période 2013-2020 ont été très insuffisants pour endiguer le changement climatique. Mais surtout de nombreux pays ont commencé de se désengager du Protocole de Kyoto par refus des obligations juridiques qu’il implique. Il s’agit du Japon, de la Russie, de la Nouvelle Zélande, tandis que le Canada est purement et simplement sorti du Protocole de Kyoto et s’est placé dans la même situation que les Etats-Unis. L’horizon de 2020 se rapprochant déjà, s’engage un 4ème cycle de négociation.

Mais aussi des avancées majeures Néanmoins la période récente a marqué des avancées decisives :
•    Les rapports successifs du GIEC sont parvenus à faire reconnaître un objectif commun : rester en deçà d’un réchauffement de 2°C par rapport à la période préindustrielle car au-delà, c’est la capacité à nourrir une humanité qui atteindra 9,5 milliards d’habitants en 2050 qui se trouvera compromise.
•    Ces dernières années, les pays ont fini par s’accorder sur cette obligation qui modifie profondément les termes de la négociation puisqu’il s’avère indispensable que tous les pays contribuent à la lutte contre le changement climatique. Riches et pauvres. Dans des proportions évidemment variables.
•    C’est donc la question même de la forme de développement qui se trouve posée. Il va falloir dépasser et résoudre les inégalités héritées de l’histoire. Le financement de la lutte contre le changement climatique pour les pays en développement est donc devenu un enjeu central.

Un changement de méthode
Cette montée des enjeux a impliqué des changements de méthode de négociation en mobilisant d’abord les chefs d’Etat et de Gouvernement. Ce fut l’objectif du Sommet organisé par Mr. Ban Ki Moon le 23 septembre à New York.

Le calendrier va être ensuite très serré :
•    Définir le cadre politique de la fixation des niveaux d’émissions de gaz à effet de serre par les pays en cohérence avec l’objectif de stabilisation du climat en dessous d’un réchauffement de 2°C et la façon de répartir des efforts lors de la conférence de Lima de début décembre.
•    Amener après chaque pays à définir sa contribution pour le début du printemps 2015.
•    Ensuite, le plus dur, ajuster dans la négociation pendant les 6 mois qui suivent les engagements des pays afin qu’ils soient équitablement répartis.
•    Aboutir à la conférence de Paris de décembre 2015 doit enfin aboutir à un accord fin aboutir à un accord politique intégrant tous les pays pour la période 2020-2030. 30 ans après la compréhension du processus du changement climatique, la négociation entre dans le dur. Si l’on ne parvient pas à des engagements suffisants de la part des pays, la dégradation du climat va vite devenir irrattrapable. Or, les relations internationales se sont fortement dégradées ces dernières années tandis que la crise économique et financière a réduit le soutien financier aux pays en développement.

Il faut donc réussir une négociation à 193 pays dans un délai très court et un contexte politique et économique particulièrement difficile. Réussir cette nouvelle séquence de négociation implique de progresser sur 3 fronts :

•    La négociation entre Etats avec des engagements qui soient non seulement élevés mais aussi qui soient effectivement tenus dans la réalité. Il va donc falloir négocier des engagements et contributions des pays qui soient équitables, obtenir une transparence dans leur réalisation et consolider les accords obtenus dans la négociation par des règles de respect en droit international.
•    La mobilisation dans l’action à tous les niveaux : les Etats, les entreprises, les collectivités locales, les citoyens. Bref parvenir à mettre toute l’humanité en marche. Dans le sens d’un usage plus efficace de l’énergie, de la valorisation des énergies renouvelables à la place de l’utilisation des combustibles fossiles, de la généralisation du recyclage, de la protection des forêts… Autant de choix et d’actions positifs pour l’humanité toute entière. En termes de réduction des impacts négatifs, mais surtout de créations d’emplois, de réduction des dépenses, de cohésion sociale, d’accès au développement…

La mise en évidence des bénéfices de la lutte contre le réchauffement climatique sera déterminante pour amener chaque pays sur le chemin d’un accord ambitieux incluant tous les pays.

•    Du fait de l’importance de cette négociation, il est essentiel d’impliquer les citoyens. Sans leur soutien, les responsables politiques n’auront pas le mandat indispensable pour des décisions majeures. En outre, l’adhésion des citoyens est indispensable pour la réalisation concrète des actions. Il est essentiel non seulement d’aider chacun à comprendre ces enjeux décisifs, mais surtout de donner à chacun des garanties quant à ses conditions de vie pour lui et pour ses enfants. La conférence de Paris doit être la première conférence climat qui s’adresse à la personne.
•    Progresser sur les deux derniers points est essentiel pour remonter le niveau de la négociation internationale. On est au pied du mur, car on ne peut pas reporter l’échéance. En effet, pendant que les pays se renvoient la balle, le climat se dégrade. Irrémédiablement.

Les attentes pour la conférence de Lima

La 20ème Conférence des Parties de la Convention Cadre des Nations-Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) se tiendra à Lima, au Pérou, du 1er au 12 décembre 2014 sera décisive pour la réussite de l’accord de 2015 sur le post-2020.

Ce dernier sera nécessairement le fruit de deux années de préparation et de négociations intenses, à Lima puis à Paris.

La Conférence de Lima devra dresser un cadre global, un calendrier, une première structure solide et faisant consensus du texte d’Accord futur. Il faudra aussi renforcer la confiance, profondément ébranlée depuis la conférence de Copenhague de 2009 et avancer sur les questions d’équité et de solidarité, afin que tous les pays puissent progresser vers un nouveau modèle de développement. En somme, il s’agit de réfléchir à ce que serait une négociation réussie, quelles sont les pistes pour y parvenir et comment dépasser les blocages actuels.

Les principaux sujets à traiter lors de la Conférence de Lima :

•    la structure et les éléments du nouvel accord
•    la nature, le contenu et le calendrier des contributions des pays
•    les financements
•    le développement des initiatives en cours ?

Il s’agira ensuite durant les mois précédents la Conférence de Paris d’éviter l’enlisement d’une négociation qui n’a cessé de se complexifier avec le temps et donc de devenir de plus en plus opaque pour l’extérieur du cercle des négociateurs. Avec donc le risque de voir le soutien de l’opinion publique s’affaiblir alors que des choix décisifs doivent être faits.

Avec un double constat fait depuis l’entrée dans ce nouveau cycle de négociation :

•    “ Le temps ne joue pas en notre faveur1 ”. C’est le constat fait par Mr. Ban Ki Moon, car la dégradation du climat s’accentue. Le dernier rapport du GIEC a été clair : les changements climatiques sont sans équivoque et de nature anthropique.

Leurs effets se font déjà fortement sentir dans de nombreuses parties du monde : inondations en Europe et au Moyen-Orient, sécheresses en Australie, évènements climatiques extrêmes en Asie ou encore aux Etats-Unis. Mais rester en-deçà des 2° de réchauffement par rapport à la période préindustrielle est faisable, si l’on agit dès maintenant.

•    Et, malgré cela, l’écart entre la trajectoire de diminution des émissions mondiales et les engagements pris de réduction des émissions se creuse, ce qui rendra d’autant plus difficile les efforts d’atténuation après 2020 et augmentera le coût de l’adaptation. Il est indispensable de réussir un accord impliquant tous les pays dans le cadre des Nations Unies avec un niveau d’ambition élevé pour parvenir à stabiliser le climat. Ce qui est en question, n’est pas seulement la signature d’un accord entre Etats, c’est la mise en mouvement de toute l’humanité, Etats, entreprises, collectivités territoriales, sociétésciviles jusqu’à chaque citoyen.
 
•    Cette prise de conscience de la nécessité d’agir à différents niveaux est désormais actée : le défi climatique ne pourra être résolu sans la compréhension par les populations des enjeux, sans l’implication du plus grand nombre, et sans l’émergence d’initiatives à tous les échelons et par tous les acteurs de la société civile. Le secrétaire général des Nations Unies, Mr. Ban Ki Moon, a lancé un signal clair, en affirmant que chacun pouvait, à son échelle, faire un pas et agir en cohérence avec les enjeux climatiques2. “Pon tu parte”(fais ta part), slogan de la Conférence de Lima, souligne cette importance de l’action individuelle et de l’engagement des citoyens, décisifs dans la réussite des négociations.

GoodPlanet.info

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