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lundi, 20 octobre 2014 22:00

Transfert des eaux de la rivière Ubangi pour le lac Tchad

Écrit par  Congo Green Citizen
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José ENDUNDO, ancien ministre congolais de l'EnvironnementJosé Endundo : Sans garantie, ce projet est à recaler
 
Ancien ministre de l’environnement, conservation de la nature et du tourisme RD-congolais, José Endundo Bononge maitrise parfaitement le dossier Transaqua. Son opinion sur ce projet n’a pas changé : « Il n’existe pas à ce jour, d'études convaincantes et globales plaidant pour la réalisation sans risques de ce projet ».
 
Monsieur le Ministre, sous votre mandat la RD-Congo a connu un certain dynamisme par la mise en œuvre de plusieurs projets environnementaux. Qu’est-ce qui reste encore à faire ? 
 
La question environnementale est plus que jamais au centre du débat sur l'avenir de la planète. L'expansion démographique couplée à l'épuisement progressif et non maîtrisé des ressources inquiètent de plus en plus de scientifiques et de décideurs politiques. Dans ce débat la RDC a un rôle majeur à jouer. En effet, notre pays, par la quantité et la diversité de ses ressources, - eau, forêt, biodiversité entre autres - est une puissance mondiale qui fait partie de la solution : avec plus de la moitié des réserves d’eau douce d'Afrique, la deuxième plus grande forêt tropicale du monde et une méga biodiversité qui la place dans les 5 grands acteurs mondiaux, la RD-Congo est appelée à exercer  un rôle continental et mondial.
 
Cependant, les choses n'avancent pas aussi rapidement qu'on le voudrait. Malgré la prise en compte politique aujourd'hui évidente, malgré les nombreuses rencontres internationales associant experts et décideurs, on se rend compte que trop de contraintes retardent les solutions à longue durée mais il ne faut pas pour autant se décourager. Il faut au contraire  rester confiant et engagé sur tous les plans. C'est à cette seule condition que la RD-Congo jouera pleinement son rôle.
 
Qu’est-ce que le pays doit faire pour garder son rang d’une puissance environnementale mondiale ?
 
Si, grâce aux ressources, nous sommes une puissance environnementale, nous devons aussi l’être politiquement. Ce n’est plus un secret pour personne. Les questions environnementales sont éminemment politiques. Aujourd’hui, nos ambitions seraient d’affirmer cette position de gardien de l’environnement mondial dans le concert des nations. Certes, nous avons de ressources, mais quel est notre politique ou notre engagement ? Cet engagement s’aligne-t-il à celui de la communauté internationale ? Par exemple, lorsque nous ne sommes pas capables d’apporter de solutions idoines à la question de la gestion de déchets, la communauté internationale a le devoir de nous aider à résoudre cette affaire. Il est important d’intégrer la dimension d’une vision et d’une gestion partagée et consensuelle dans la résolution des questions touchant à l’environnement.
Il faut aussi comprendre qu’il faut du donnant – donnant. C’est ainsi qu’on parle de solidarité obligatoire ou du principe pollueur - payeur.
 
Il y a quelques mois Ethiopiens et Egyptiens se sont disputé les eaux du Nil. La bataille des eaux a-t-elle déjà commencé ?
 
Les questions environnementales sont réellement vitales pour certaines nations. Sans le Nil, il n’y a pas d’Egypte viable. Or, l’Egypte a un apport insignifiant d’eau alors que l’Ethiopie contribue pour plus de la moitié en eau et a des besoins qui risquent de perturber le fonctionnement du fleuve. Il faut donc politiquement et juridiquement trouver des solutions équilibrées. En parallèle, la question du lac Tchad est cruciale pour le Tchad. Je fus donc très surpris de rencontrer le Président Idris Debby qui n’hésita pas à faire le déplacement  d’Abuja deux jours après l’attaque sur Djamena alors que nous devions discuter du transfert des eaux de l’Ubangi vers le Tchad. Il est clair que là aussi, les solutions sont à la dimension des enjeux. Que concéder ou donner sans se dépouiller soi-même ? 
 
La RD-Congo a été absente de la réunion sur le projet Transaqua organisée, en avril dernier à Bologne en Italie, par les pays du Bassin du lac Tchad -CBLT. 
 
Les absents ont toujours tort. Dans le contexte actuel, nous ne pouvons pas transférer les eaux de la rivière Ubangi vers le Lac Tchad. En effet, il y a des prémices que nous devons prendre en compte avant de nous lancer dans une telle entreprise, notamment s’assurer de la fiabilité des études. A ce jour, ce n’est pas le cas.
Nous devons avoir la certitude qu’en touchant aux eaux de l’Ubangi, nous n’allons pas perturber le cycle normal du fleuve Congo. Il est donc prématuré de penser à ce transfert alors que nous ne maitrisons pas encore les incidences environnementales du projet. Il y a des conséquences majeures en termes d'énergie - pensez à Inga - en terme d'agriculture, en terme de lutte contre la désertification et en terme social. L'Ubangi est déjà en situation d'assèchement progressif - je peux en témoigner puisque j'ai personnellement parcouru il y a quelques jours le delta de l'Ubangi à son embouchure sur le fleuve Congo - quel sera son comportement après ce transfert ?? Personne ne peut le dire avec une certitude absolue. Dans ces conditions la meilleure posture est de s'entourer de toutes les garanties. C'est dans l'intérêt bien compris de la RD-Congo mais aussi des pays aujourd'hui en difficulté comme le Tchad. Pour clôturer, il faut dire, de toute manière, toute mise en œuvre est soumise au filtrage des deux chambres du Parlement. Je ne crois pas qu’on puisse passer ce cap sans un débat excluant toute légèreté.
 
Le projet Transaqua est techniquement et économiquement fiable, pensent certains experts canadiens. 
 
C'est leur droit de le penser. Comme c'est le nôtre de nous assurer de toutes les garanties directes et  complémentaires qui doivent être alignées pour s'engager. A  ce stade, il me paraît inconsidéré de s'engager trop légèrement dans un dossier aux conséquences imprévisibles. Mais ne nous affolons cependant pas. L'eau rousse de l'Ubangi coulera encore longtemps avant qu'une décision et des moyens financiers soient mobilisés d'autant plus qu'il faudra passer par une évaluation environnementale et stratégique. J’observe avec intérêt l’attitude de la République du Congo dont les experts sont globalement du même avis que nous sur ce dossier. 
 
Que pensez-vous du projet Grand Inga ?
 
La RD-Congo a tout à gagner dans ce projet. Le site de Inga représente un potentiel deux fois et demi celui des Trois Gorges en Chine. Il est exceptionnel quant à son ratio très faible de nuisance environnementale.
Au regard de son impact politique, le projet Inga agira sur la desserte régionale mais aussi sur l’unité nationale et financière. Ce projet va booster l’économie nationale avec des retombées financières directes et collatérales majeures. Son impact est tel qu’il faut s'engager sans atermoiements inutiles. Inga donnera à la RD Congo un rôle décisif en Afrique et aura des retombées politiques et sociales déterminantes pour notre population. Inga donnera le signal de l’ambition d’un grand Pays.

Andrea Divinda

Africa News

 

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