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mardi, 01 octobre 2013 22:58

Le bois énergie pour les centres urbains en République Démocratique du Congo

Écrit par  Congo Green Citizen
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Pour les forêts tropicales humides comme celles du Bassin du Congo, le bois énergie1 a longtemps été considéré comme abondant et issu de l'exploitation du bois d'œuvre ou de l'agriculture. Cependant, de récentes observations en République Démocratique du Congo (RDC), République du Congo, République Centrafricaine et au Cameroun font état de schémas de production variés et d’une augmentation de la demande urbaine, ainsi que d’une évolution de la consommation du bois énergie qui s’opère au profit du charbon de bois. L’augmentation de la demande urbaine en bois énergie est à l’origine d’une pression accrue sur les ressources forestières de la région, ce qui est particulièrement problématique du fait de l’absence de mesures incitatives pour la restauration ou la gestion durable de ces ressources. Toutefois, elle a également permis à de nombreuses populations locales de gagner un revenu, grâce à la production et à la commercialisation de bois énergie.
Le secteur du bois énergie dans le Bassin du Congo est essentiellement informel ; il n’existe donc que peu de données à ce sujet. La RDC, où d’abondantes ressources forestières couvrent environ 155,5 millions d’hectares, (Eba’a Atyi et Bayol 2009) fait partie des pays les plus pauvres du monde : elle occupe ainsi la 168ème place sur les 169 pays classés sur l’échelle de l’indice du développement humain 2010 (PNUD 2011). Le projet Makala 2 vise à améliorer nos connaissances relatives au secteur du bois énergie, ainsi que la gestion de ce secteur au profit des centres urbains en RDC. Il oppose les zones d’approvisionnement en bois énergie des savanes et des forêts dégradées aux alentours de Kinshasa, et une région largement dotée en forêts tropicales humides encore intactes près de Kisangani. Ce dossier présente des données importantes sur le secteur du bois énergie et des recommandations pour en améliorer la gestion.

Augmentation de la demande dans les centres urbains

La consommation de bois énergie dans les centres urbains en RDC augmente du fait de la croissance de la population et de l’absence d’autres sources d’énergie. Les ménages dépendent fortement du combustible de bois pour leurs besoins quotidiens en énergie de cuisson (à hauteur de 87 % à Kinshasa et de 95 % à Kisangani). Des entreprises telles que les boulangeries, les brasseries, les restaurants, celles consacrées à la production de briques et au forgeage de l’aluminium dépendent également du bois énergie pour leur activité quotidienne. Pour les seules villes de Kinshasa et Kisangani, le volume du marché du bois énergie (4,9 millions m3) représente plus de 12 fois le volume de la production nationale officielle de bois d’œuvre [400 000 m3 (OITB 2011)]. À Kinshasa, la capitale du pays, qui regroupe près de 6 millions d’habitants 4, la valeur totale du marché du charbon de bois est estimée à 143 millions de dollars US en 2010, soit 3,1 fois la valeur des exportations nationales de bois d’œuvre du pays. [46 millions de dollars US en 2010 (FAO 2011)]
La zone d’approvisionnement en bois énergie de Kinshasa s’étend vers le sud-ouest et le nord-est, sur une distance moyenne de 102 km pour le bois de chauffe et de 135 km pour  le charbon de bois (Figure 2). Les provinces de Kinshasa et du Bas-Congo fournissent l’essentiel du bois énergie (43 % et 34 % respectivement), le reste (23 %) étant transporté par le fleuve Congo depuis les provinces de Bandundu, de l’Equateur et la Province Orientale sur des distances pouvant atteindre 1000 km. La capitale de la Province Orientale, Kisangani, est approvisionnée par six voies principales (rivière et route), les distances moyennes parcourues étant de 25 km pour le bois de chauffe et de 37 km pour le charbon de bois (Figure 3).
Le secteur du bois énergie offre un nombre important d’emplois dans le secteur informel. Le secteur forestier formel emploie 15 000 personnes (Eba’a Atyi et Bayol 2009), alors que le secteur informel de la production de bois énergie pour la seule ville de Kinshasa emploie plus de 300 000 personnes. La plupart des opportunités lucratives se trouvent au niveau de la production, les revenus liés au bois énergie complétant largement le revenu moyen des ménages (la part des revenus générés variant de 12 % pour les récolteurs de bois de chauffe autour de Kisangani à 75 % pour les producteurs de charbon de bois autour de Kinshasa). Les revenus issus du bois énergie fournissent aux ménages un capital qu’elles investissent dans d’autres activités (essentiellement dans l’agriculture et dans une moindre mesure dans de petites activités comme l’élevage et la pêche). Cependant, dans l’ensemble, les revenus des producteurs restent faibles, plus de la moitié gagnant moins de 50 dollars US par mois, ce qui témoigne du niveau élevé de la pauvreté dans le pays.

Moins d'approvisionnement, moins d'accès

En RDC, les pratiques non durables et la déforestation s’observent essentiellement dans les zones périurbaines, les régions de savanes et en périphérie des zones protégées (Schure et al. -sous presse). Les deux tiers du bois énergie produit pour Kinshasa et Kisangani proviennent de l’agriculture sur brûlis, le tiers restant provenant des forêts (en général de forêts dégradées situées le long des rivières dans la région de Kinshasa, et de forêts primaires aux alentours de Kisangani). Les coûts pour l’environnement ne sont pas internalisés ; les producteurs replantent rarement les arbres. La demande dépasse l’offre pour les forêts périurbaines de Kinshasa qui s’appauvrissent rapidement.
Les distances aux ressources vont en s’accroissant, de même que les problèmes accompagnant l’approvisionnement en bois énergie, comme les conflits portant sur l’accès aux arbres. Contrairement à Kinshasa où chaque arbre disponible est utilisé, la tendance autour de Kisangani est plus à la sélection, ce qui a abouti à la dégradation des sources d’arbres les plus utilisées. Parmi les diverses essences de bois utilisées pour la production de bois énergie, on recense couramment celles utilisées pour le bois d’œuvre et les produits forestiers non ligneux (PFNL). En ce qui concerne les diverses essences utilisées pour la production de bois énergie, il existe très peu d’informations sur l’état de conservation de la majorité de ces essences. Par exemple, la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), inventaire exhaustif de l’état de conservation des espèces animales et végétales dans le monde, n’a évalué que quelques essences utilisées pour la production de bois énergie (UICN 2011). Parmi celles-ci, certaines courent le risque de devenir des espèces menacées à l’avenir comme Milicia excelsa, Pterocarpus angolensis et Irvingia gabonensis, alors que deux espèces – Millettia laurentii et Autranella congolensis – ont été évaluées respectivement comme en danger et en danger critique d’extinction.
Le code forestier et la législation foncière comprennent des cadres réglementaires pour le secteur du bois énergie. Il existe des solutions juridiques possibles pour la gestion de la production du bois énergie, à savoir : (1) les plantations publiques ; (2) les plantations privées ; (3) le reboisement de parcelles agricoles ; (4) l’exploitation de bois énergie avec permis d’exploitation et de carbonisation du bois ; et (5) les forêts communautaires rurales. (...)

Recommandations

Face à l’augmentation de la demande en bois énergie et à l’absence d’énergies de substitution à court terme, le gouvernement congolais doit s’atteler immédiatement à l’amélioration de la gestion du secteur, et ce en collaboration avec les parties prenantes. Le programme national de réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation (REDD) impulse un élan dans ce sens, car son programme d’investissement forestier (FIP)7 récemment approuvé accorde une place importante aux bénéfices possibles pouvant être tirés de la production et de la consommation dans le domaine du bois énergie. A l’avenir, les interventions devront prendre en considération la dépendance d’un grand nombre de personnes à la production de bois énergie et l’importance de la commercialisation de celui-ci en tant qu’activité lucrative. Ces activités appartiennent encore à la sphère informelle, de sorte que la coopération entre les différents secteurs – énergie, forêts, aménagement du territoire et agriculture – est nécessaire pour professionnaliser et formaliser ces activités sans nuire aux moyens de subsistance des personnes impliquées. De nouvelles options de gestion combinant l’agroforesterie, les plantations et l’amélioration de l’efficacité énergétique au niveau du producteur et du consommateur peuvent offrir des opportunités permettant de garantir des approvisionnements futurs durables en énergie, tout en assurant le maintien des ressources naturelles du pays.

Au niveau de la production :

  1. Reconnaître l’importance du secteur qui fournit des revenus à un grand nombre de personnes
  2. Améliorer l’efficacité énergétique des fours de carbonisation (en agissant sur les compétences en matière de production et la technologie).
  3. Sensibiliser à la protection des essences de valeur et menacées.
  4. Replanter les arbres (pour des usages multiples) dans les systèmes de plantation et d’agroforesterie. 5. Améliorer les droits des récolteurs et des producteurs pour ce qui est de l’accès aux arbres et aux terrains afin d’encourager une meilleure gestion et de réduire les conflits.
  5. Améliorer la transparence au niveau du règlement des taxes et cibler les taxes informelles qui augmentent les coûts de production.

Au niveau des ventes et de la consommation :

  1. Promouvoir le bois énergie issu des forêts de plantation et éviter celui issu des essences d’arbres de valeur ou menacées.
  2. Reconnaître l’importance du bois énergie comme source principale d’énergie pour la cuisine dans les ménages et comme source d’énergie essentielle pour les entreprises et industries.
  3. Se pencher à nouveau sur le faible niveau d’adoption de foyers de cuisine à faible consommation d’énergie et soutenir les activités qui encouragent leur utilisation.
  4. Soutenir l’accès à des énergies de substitution (comme le gaz, l’électricité et la bioénergie à petite échelle) données de la recherche sur le terrain entre 2009 et 2011.
  5. Les estimations de la population de Kinshasa diffèrent largement d’une source à l’autre. Cette étude s’est appuyée sur les données du dernier recensement effectué par la division urbaine du ministère de l’Intérieur, de la Décentralisation et de la Sécurité (2010) qui fait état de 5,8 millions d’habitants.
  6. Direction du reboisement et de l’horticulture du ministère de l’Environnement, communication personnelle, Kinshasa, août 2009.
  7. Division urbaine du ministère de l’Environnement à Kinshasa, communication personnelle, Kinshasa, avril 2010.
  8. Le programme d’investissement forestier de la RDC (Ministère de l'Environnement, Conservation de la Nature et Tourisme) a été entériné lors de la réunion du sous- comité en juin 2011.

Jolien Schure, Verina Ingram, Jean-Noël Marien, Robert Nasi et Emilien Dubiez
Centre de recherche forestière internationale (CIFOR)
www.cifor.org

Lu 4415 fois Dernière modification le mardi, 01 octobre 2013 23:03

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