Kinshasa Time Kinshasa - RD Congo : samedi, 23 septembre 2017 -
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Etat des lieux de la biodiversité de la RD Congo

La République Démocratique du Congo est comptée parmi les 16 pays du monde qualifiés de méga biodiversité (taux élevé d’endémisme). Cette situation est liée aussi bien par l’immensité de son territoire (234,5 millions d’hectares) que par la variété des conditions physiques et climatiques influant sur la richesse biologique. Avec une couverture forestière de plus 128 millions d'hectares, la RDC représente environ de 10% des forêts mondiales et plus de 47% de celles de l'Afrique. Sa biodiversité, importante, est représentée par un complexe végétal  imposant et de faciès varié, allant de type forestier dense jusqu’aux savanes plus ou moins boisées et forêts claires ; habitats d’une faune également diversifiée, constituée des espèces endémiques, rares ou uniques au monde. Le plan d’eau intérieur occupe 3.5 % de l’étendue du territoire national et son potentiel représente plus de 50 % d’eau douce du continent. En plus de constituer une source immense d’eau de boisson, il abrite une faune ichtyologique riche et variée et représente dans certains de ses biefs non navigables, une source potentielle d’énergie hydro-électrique. Sur plus de 50.000 espèces végétales connues en Afrique, la RDC occupe la première place en espèces floristiques locales. La flore nationale, d’une originalité remarquable, compte environ 10.531 espèces, tous les grands groupes confondus dont notamment les algues : 249 espèces, les champignons (basidiomycètes) : 582 espèces, les bryophytes : 154 espèces, les ptéridophytes : 383 espèces, les spermatophytes : 9142 espèces avec 275 exotiques). Le taux d’endémisme spécifique de cette flore, très élevé, fait ressortir plus de 952 Phanérogames endémiques, 10 Ptéridophytes, 28 Bryophytes, 1 Lichen, 386 Champignons endémiques, soit 1.377 espèces endémiques pour l'ensemble de la flore. La faune y est aussi abondante et surtout très variée compte tenu de la variabilité de l’habitat.  La RDC recèle d'importantes réserves du monde en espèces fauniques et comprend des animaux les plus rares que l'on ne trouve nulle part ailleurs au monde (Gorille de montagne, Gorille de plaine, Bonobo ou chimpanzé nain, Okapi, Rhinocéros blanc du Nord, Paon congolais, Girafe, etc.).

Photo kfw-entwicklungsbank.deOn estime à 409 le nombre d’espèces de mammifères en RDC, soit 54,1 % des espèces répertoriés en Afrique. Le pays compte également environ 1.086 espèces d'oiseaux, 216 espèces de batraciens, 352 espèces de reptiles. La distribution de ces espèces à travers le pays est cependant inégale suivant les différentes régions écologiques. On note par exemple un nombre relativement élevé d’espèces endémiques dans la forêt ombrophile de la région guinéo-congolaise (cuvette centrale), dû au faible degré de perturbation et à l’homogénéité écologique de cet habitat. Par contre, dans la forêt du Mayumbe, il a été observé une raréfaction ou disparition de certaines espèces fauniques (Eléphant de forêt, Buffle, Gorille de plaine, Athérure, Pangolin géant, Céphalophe à dos jaune, etc.) suite aux conséquences mesurables de la dégradation de cette forêt. La faune ichtyologique de la RDC compte une quarantaine de familles regroupant environ 1.000 espèces, dont environ 80 % vivent dans le système fluvial et le reste dans les lacs de l'Est. Les taux d'endémisme des espèces de poissons d'eau douce dans les lacs et cours d'eau du pays sont estimés à 70 %. Cette importante richesse biologique jouit d’une relative protection dans le contexte des aires protégées (figure 1) dont le réseau existant couvre environ 9,6 % de l’étendue du territoire répartie entre huit parcs (8) nationaux, cinquante-sept (17) réserves et domaine de chasse, trois (3) réserves de biosphère, cent dix-sept (117) réserves forestières, trois (3) jardins zoologiques et trois (3) jardins botaniques. Conformément au nouveau code forestier (2002), l’objectif national étant de porter progressivement cette superficie à 15 % pour inclure l’ensemble des écosystèmes naturels rencontrés dans le pays. L'application effective de cette vision nationale pourrait permettre d'optimiser les efforts  nécessaires de conservation de la biodiversité et des ressources naturelles dans des sites. Ainsi, plusieurs espèces rares de la faune sauvage dont l’Okapi, le Rhinocéros blanc du nord, le Bonobo, le Paon congolais, les gorilles de montagne, sont protégées à travers ce réseau. Pour gérer de façon durable de si abondantes ressources réparties à travers un territoire aussi immense, il faut disposer, en plus d’une structure de gestion appropriée et efficace, des moyens humains, financiers et logistiques conséquents. Actuellement, la gestion des ressources naturelles renouvelables est principalement confiée au Ministère de l’Environnement, Conservation de la Nature, Eaux et Forêts crée en 1975. Deux entreprises para-étatiques placées sous sa tutelle, assurent la conservation in situ et ex situ de ces ressources. Il s’agit respectivement de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) et de l’Institut des Jardins Zoologiques et Botaniques du Congo (IJZBC). Les écosystèmes naturels en RDC ne sont pas seulement pourvoyeuses de la matière première et habitats pour la faune sauvage.

De par leurs rôles et fonctions variés, ils subissent des sollicitations diverses de la part de l’homme, dont certaines conduisent à des modifications et des dégradations irréversibles. En effet, plus de 70 % de la population nationale y recourent directement pour leur subsistance et pour la satisfaction de leurs besoins élémentaires de survie. Ils deviennent ainsi des lieux où se côtoient différentes personnes, aux intérêts souvent divergents qu’il importe de concilier. D’où la pertinence d’une approche intégrée et d’une vision systémique dans la gestion des ressources qui prennent en compte autant les différentes structures de gestion intéressées que l’impérieuse nécessité d’harmoniser la législation. Afin de concrétiser sur le terrain les dispositions en matière de gestion des ressources forestières, il est envisagé d’élaborer un plan forestier national. Six grands axes constituent l’armature du programme d’appui à ce plan. Il s’agit : (i) du zonage du territoire en tant que plan d’affectation des terres suivant ses vocations prioritaires ; (ii) de l’aménagement des forêts de production afin de garantir leur pérennité ; (iii) de la prise en compte de l’interface du développement rural à travers les volets : forêts communautaires, bois de feu et plantations forestières notamment ; (iv) la définition d’une stratégie pour la conservation de la nature ; (v) l’amélioration et le renforcement de la gouvernance en termes de la gestion des ressources forestières ; (vi) le renforcement des capacités à travers la formation. Partant, l’objectif poursuivi par ce plan est de servir de cadre stratégique pour faciliter la cohérence et la synergie entre les programmes, projets et activités actuellement en cours dans le secteur et ceux à déployer dans l’avenir pour l’ensemble du pays. Afin de garantir la participation des parties prenantes et l’interdisciplinarité, le processus de sa préparation se veut flexible et ouvert à tous tant dans sa phase conceptuelle que pendant sa mise en œuvre.

Outre le manque criant des moyens logistiques et des ressources financières devant garantir la gestion durable de ces ressources, on note une carence en ressources humaines compétentes chargées d’animer les structures impliquées dans la gestion des ressources de la biodiversité. Si, en ce qui concerne les forêts, un effort remarquable a été réalisé avec la promulgation en Août 2002 du nouveau code forestier prenant en compte les aspects scientifiques et techniques de l’heure, une carence subsiste cependant dans le domaine global de l’environnement et plus particulièrement dans le secteur de la conservation de la nature, de l’eau, de la chasse et de la pêche. La formation et la recherche dans le domaine de la diversité biologique n’échappent pas non plus à cette conjoncture et se retrouvent également à leur plus bas niveau faute des ressources nécessaires. La notion des biens communs, généralement comprise comme bien sans maître, constitue une entrave sérieuse à une gestion concertée et durable des ressources naturelles. Ainsi, l’accès aux ressources n’étant généralement réglementé ou encore, compte tenu du laxisme dans le suivi de la mise en œuvre de diverses réglementations sectorielles existantes et de leur manque de coordination et d’harmonisation par rapport aux traités et conventions internationaux, les pressions sur ces ressources vont grandissantes au risque de compromettre à plus ou moins long terme, les conditions d’existence même des générations à venir.

Il conviendra de signaler que le degré de dépendance de la population vis-à-vis des ressources naturelles reste principalement lié au niveau de pauvreté qui touche plus de 80% de la population. Hormis les menaces d’origine naturelle sur les composantes de la diversité biologique, il faut citer les menaces résultant des activités humaines dont notamment (i) la pratique extensive d’agriculture itinérante sur brûlis en zones forestières, la récolte de bois de feu aux alentours de principaux centres de peuplement, l’exploitation minière artisanale et industrielle, l’exploitation pétrolière, l’exploitation de bois d’œuvre, la récolte des produits autres que le bois, la chasse commerciale, les pratiques non durables de pêche ; (ii) l’introduction incontrôlée des espèces exotiques dont certaines deviennent envahissantes et nuisibles ; (iii) la pollution par le rejet dans l’environnement des déchets d’exploitation. Afin d’atténuer les différentes menaces observées sur les composantes de la diversité biologique, outre les méthodes conventionnelles relatives à l’évaluation, à la surveillance et à l’atténuation des menaces devant servir de référence et de guide à la mise sur pied d’un programme national cohérent, la RDC dispose des structures éparses spécialisées dans les domaines d’alerte, de surveillance ainsi que de la quarantaine dans le cadre de l’introduction du matériel vivant intact ou modifié. Cependant la logistique utilisée ainsi que les compétences requises paraissent inadaptées, inefficaces et rudimentaires. L’état des lieux met en évidence les principaux problèmes ci-après actuellement liés à la gestion de la diversité biologique, notamment en ce qui concerne les aspects sur l’accès aux ressources, la préservation des menaces sur les composantes de la diversité biologique, la mise en place des mesures générales et des stratégies de conservation in situ et ex situ et la préservation des connaissances traditionnelles favorables à la gestion de la diversité biologique. Globalement, des tendances ci-après se démarquent : (i) ou bien, il existe une capacité institutionnelle suffisante, avec des lois et règles de gestion bien définies mais non appliquées soit par manque de moyens, soit par manque de volonté politique ou simplement par ignorance ; (ii) ou bien, les capacités institutionnelles paraissent insuffisantes face à l’ampleur de travail à accomplir et à l’interdisciplinarité de la question avec un déficit ou non au niveau systémique ; (iii) ou encore simplement, les compétences individuelles sont nettement insuffisantes face à une des capacités institutionnelles et systémiques efficientes. Ainsi, des actions préconisées consistent principalement en : 1) l’inventaire exhaustif et progressif des composantes de la diversité biologique et la cartographie des grands ensembles végétaux et écosystèmes naturels classés ou non, indiquant leur degré de vulnérabilité face aux menaces potentielles ; 2) la revue institutionnelle des structures directement impliquées dans la gestion des ressources naturelles en recherchant une synergie et une complémentarité des actions à mener ; 3) le renforcement des capacités individuelles par la formation académique et/ou de mise à niveau et de recyclage ; 4) la mise en place ou la redynamisation des systèmes d’alerte précoce (surveillance) pour les menaces potentielles sur les composantes de la diversité biologique, d’atténuation ; 5) la sécurisation de la propriété intellectuelle en vue de favoriser la diffusion des connaissances traditionnelles favorables à la gestion durable de la diversité biologique par la mise sur pied d’une structure compétente et efficiente ; 6) l’adaptation et le renforcement de la réglementation sur l’accès aux ressources et la bioprospection suivant qu’il se réalise à but commercial ou scientifique et l’institutionnalisation d’une autorité compétente de gestion ; 7) l’instauration, au niveau des institutions d’enseignement universitaire, des programmes de recherche – développement axés sur la diversité biologique ; 8) la formulation d’une législation adaptée et avant – gardiste dans les domaines de l’environnement, de la conservation de la nature, de l’eau, de la pêche et de la chasse.

Ministère de l'Environnement, Conservation de la Nature et Tourisme (MECNT)
Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)

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